Douceur de vivre à Giverny

On 05 December 2019, by Caroline Legrand

Essentiellement présent dans les ventes outre-Atlantique, Karl Albert Buehr s’invitera prochainement à Cannes avec une scène intimiste dans un jardin... dans la plus belle lignée des Américains proches de Claude Monet.

Karl Albert Buehr (1866-1952), Tea Time, vers 1910, huile sur toile, 116,5 89 cm.
Estimation : 30 000/40 000 

Selon Artprice, aucun tableau de Karl Albert Buehr n’est passé en vente en Europe depuis une quinzaine d’années. Aux États-Unis, une de ses toiles, intitulée On the Terrace, a été adjugée le 7 mars 2008 chez Christie’s New York à 409 000 $ (303 978 € en valeur réactualisée). De dimensions légèrement inférieures (71,1 91,4 cm), elle présente des similitudes avec celle présentée à Cannes, provenant d’une collection privée monégasque et passée par la galerie Byron de New York. Les deux œuvres dépeignent en effet des femmes à l’heure de la pause thé, ici dans un jardin, à l’ombre des arbres. On y retrouve d’ailleurs les mêmes chaises en métal vert... Ces tableaux furent peints à Giverny vers 1910, Karl Albert Buehr séjournant alors au cœur de ce village normand où s’est établie, depuis 1886, la colonie de peintres américains menée par Willard Leroy Metcalf, non loin du père de l’impressionnisme. Comme ses compatriotes, Buehr a découvert à Giverny cette lumière unique, propice au jeu de couleurs et à la touche enlevée qui structurent ses toiles, constituées en grande partie de scènes intimistes révélant des femmes rêveuses dans un chatoyant jardin. Une technique et une thématique qui ne sont pas sans rappeler d’autres artistes américains, tels Frederick Frieseke, Lawton Parker et surtout Richard Edward Miller. Appartenant tous à la troisième génération de «Givernyites» (celle qui exposa à New York en 1910) ils peignaient régulièrement ensemble dans le jardin de la maison, appelée «Le hameau», non loin de celle de Monet et que louait la fondatrice d’une école d’avant-garde à Providence (Rhode Island), Mary C. Wheeler. Karl Albert Buehr était particulièrement proche de Miller ; ils travaillèrent côte à côte durant les années passées à Giverny. Comme la plupart des artistes américains de cette colonie, ils se sont rencontrés à l’académie Julian de Paris, école devenue célèbre pour s’être ouverte très tôt aux artistes femmes, mais aussi aux étrangers qui ne parlaient pas toujours le français  condition sine qua non pour entrer aux Beaux-Arts. Miller est en France depuis déjà sept années à l’arrivée de Karl Albert Buehr, en 1905. Soutenu par un mécène, l’artiste de 39 ans débarque avec femme et enfants, auréolé d’une médaille de bronze obtenue à l’Exposition universelle de Saint Louis (Missouri) l’année précédente. Les voyages ne font pas peur à ce fils d’émigrés allemands, qui était adolescent lorsqu’il est arrivé à Chicago avec ses parents, propriétaires de vignobles. C’est en Amérique qu’il s’est découvert des ambitions artistiques, travaillant dans une société de lithographie non loin de l’Art Institute, où il s’inscrit bientôt dans la classe de John H. Vanderpoel. Après son retour au pays au début de la Première Guerre mondiale, il y deviendra professeur, fort d’une réputation internationale louant sa maîtrise sans faille de la lumière. Le Graal pour tout peintre américain moderne !

Saturday 14 December 2019 - 14:00 - Live
Cannes - 20, rue Jean-Jaurès - 06400
Cannes Enchères
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