Danser dans les chaînes

On 20 July 2021, by Sylvie Blin
Maude Maris, Sleeping, 2020, huile sur toile, 160 220 cm (détail). 
© Rebecca Fanuele. Courtesy Praz-Delavallade

Covid oblige, HYam (HYdra for Artists of the Mediterranean), l’association créée par Pauline Simons, a invité cette année non pas un ou une artiste, mais quatre : une manière « d’intensifier son soutien aux scènes artistiques émergentes ». Et comme pour marquer le bicentenaire de l’indépendance de la Grèce, l’exposition s’est installée dans un lieu emblématique de l’île : la maison Tombazis, du nom d’un armateur, héros de la lutte contre le joug ottoman, devenue une annexe de l’École des beaux-arts d’Athènes. Quant au titre emprunté à Nietzsche, il pourrait relier les deux événements et les artistes invitées, dans leur capacité à donner cette « illusion de légèreté », malgré les contraintes. Deux Françaises et deux Grecques investissent donc l’espace de la maison hydriote. Les étranges sculptures-installations d’Evi Kalogeropoulou (née en 1985), entre figuration pop aux accents féministes et assemblages de matériaux dissemblables – marbres colorés et cheveux synthétiques –, côtoient celles de sa compatriote Malvina Panagiotidi (née en 1985). Moins explicites, ses créations, intitulées Wrong Side of the Bed, témoignent de préoccupations existentielles sur le temps, entre la vie et la mort, évoquant un « état inversé et intermédiaire », comme suspendu. Entre sculpture et objet d’art, ses pièces de métal et de verre soufflé semblent surgies d’un mobilier médical. La technique picturale de Maude Maris (née en 1980), en apparence plus classique, brouille au contraire les frontières entre abstraction et figuration. Partant de méthodes hyperréalistes – photographie de petits objets figuratifs, ses « sculptures fantasmées » – qu’elle représente à grande échelle, elle parvient à troubler la perception du spectateur en jouant sur les reflets multiples, vrais ou imaginaires. Eva Nielsen (née en 1983) explore elle aussi les lisières : celles du paysage, de la ville, de la peinture, de l’abstraction… Le recours à plusieurs techniques –peinture à l’huile et sérigraphie –, mêlées, inversées, sans cesse expérimentées et remises en question, donne à ses vrais-faux paysages une dimension inattendue, où le regard se perd et s’interroge. Peu d’œuvres —une quinzaine –, mais choisies et accrochées avec une attention particulière : les heureux de passage à Hydra pourront s’en délecter.

Maison Tombazis, Hydra (Grèce),
tél. : 06 30 91 06 37.

Jusqu’au 15 août 2021.
www.hyam.fr
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