Dans la famille Bouchardon, Marie-Thérèse portraiturée par Jean-Baptiste Lefèbvre

On 09 September 2021, by Anne Doridou-Heim

C’est un peintre et pastelliste, Jean-Baptiste Lefèbvre qui est retenu pour exécuter le portrait de la sœur d’un sculpteur du temps de Louis XV, Edme Bouchardon.

Jean-Baptiste Lefèbvre (avant 1719-après 1779) Portrait de Marie-Thérèse Girard, née Bouchardon, 1747, huile sur toile, 82 65 cm (détail).
Estimation : 60 000/80 000 

Lefèvre ou Lefèbvre est le nom de bon nombre d’artistes, pour certains sans liens généalogiques les uns avec les autres ! Une douzaine de maîtres au moins sont référencés au XVIIIe siècle, ce qui rend les attributions ni simples, ni sûres. Pour ce Portrait de Marie-Thérèse Girard, née Bouchardon, c’est Jean-Baptiste, fils d’un directeur de l’académie de Saint-Luc, lui-même reçu membre en 1751 et nommé professeur en 1769, qui est convoqué. Il reçoit plusieurs commandes pour Versailles : les premières entre 1741 et 1742 à la demande de Marie Leszczynska concernent des peintures religieuses, les autres dans les années 1760, de portraits, genre dans lequel il acquiert semble-t-il une certaine renommée. En 2018, Xavier Salmon a publié le catalogue des pastels du Louvre – selon lui la plus belle collection au monde dans ce médium. L’occasion pour Neil Jeffares, auteur du Dictionary of pastellists before 1800 (voir l'article Pastels du Louvre : questions d’attribution de la Gazette n° 28 du 13 juillet 2018, page 104), de revenir sur quelques attributions, concernant notamment le sieur Jean-Baptiste. Il y précise que l’artiste travaillait pour les cercles parisiens, tels celui de Monsieur de Rozeville, avocat au Parlement de la cité et que son beau-frère était le fabricant de pastels Jean-Nicolas Vernezobre (1719-1789). Il nous apprend encore qu’il est mentionné au Salon entre 1753 et 1774 et qu’il était fréquemment appelé au Châtelet dans le cadre de procès pour donner son expertise et se prononcer sur la qualité de peintures à l’huile, pastels et miniatures. Tout cela dessine le portrait d’un homme bien introduit, installé quai Pelletier, à l’enseigne «À la couronne d’or». Rien d’étonnant donc à ce qu’il ait été choisi pour réaliser le portrait d’une fille et sœur de sculpteurs en vogue.
Une sœur discrète
Dans la famille Bouchardon, cette fois, c’est donc Marie-Thérèse qui est ici conviée. Née en 1715, elle est le quinzième et avant-dernier enfant de Jean-Baptiste Bouchardon (1667-1742) et la sœur d’Edme (1698-1762), tous deux sculpteurs, le second bien introduit à la cour, surtout après sa nomination comme sculpteur du roi en 1732. On sait peu de choses sur elle, sinon qu’elle épousa le bourgeois François Girard en 1742 et qu’avec son mari elle s’occupa de la succession de son frère – c’est ainsi qu’après leur décès quelques carnets de dessins d’Edme sont entrés au Louvre. Jeffares explique encore que Jean-Baptiste Lefèbvre aimait poser ses modèles dans un intérieur et que, à l’huile comme au pastel, il portait une attention particulière à leur vêture. Celle-ci, tout comme les accessoires adjoints, est méticuleusement détaillée. Pour le délicat modèle, dont l’allure générale – un sobre tablier noir au-dessus d’une robe de soie jonquille – ne laisse aucun doute sur son rang social, l’élément qui concentre les regards, c’est le rouet en noyer et laiton dont elle actionne le mécanisme avec une grande attention. Une occupation tout à fait digne d’une jeune femme de la bonne société, qui donne à ce portrait un petit supplément de charme ! Présentée dans un beau cadre en bois doré sculpté d’époque Louis XV, la dame a appartenu à la baronne de Montessuy au XIXe siècle et est accrochée dans une collection privée depuis 2012. Elle s’apprête à dévoiler à nouveau ses atours…

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