Caillebotte, l’invité de Martigny

On 20 July 2021, by Valentin Grivet

Grâce à d’importants prêts de collectionneurs, la fondation Pierre Gianadda a concocté un bel hommage au peintre. Près d’une centaine de tableaux composent un accrochage équilibré, entre incontournables et raretés.

Gustave Caillebotte, Balcon, boulevard Haussmann, 1880, huile sur toile, 69 62 cm (détail), collection particulière. 
© Galerie Brame & Lorenceau, Paris

Après Renoir, Lautrec, Cézanne, Matisse ou Picasso, la fondation Pierre Gianadda à Martigny poursuit son cycle de monographies dédiées aux grands noms de la peinture moderne. Cette exposition Gustave Caillebotte ne révolutionne pas la connaissance que l’on peut avoir de l’artiste, mais elle parvient à surprendre par une sélection trouvant le juste équilibre entre chefs-d’œuvre emblématiques (Les Raboteurs de parquet, Le Pont de l’Europe, La Leçon de piano…) et tableaux rarement montrés, issus pour beaucoup de collections privées. Programmé l’été dernier et reporté d’un an pour les raisons que l’on sait, l’événement n’est pas exactement celui qui était prévu au départ. Vingt-cinq tableaux promis par de grands musées américains n’ont ainsi pu faire le déplacement en Suisse. «Il a fallu combler les manques pour conserver un ensemble qui soit cohérent et repenser entièrement l’accrochage», explique le commissaire Daniel Marchesseau, historien de l’art et conservateur général honoraire du patrimoine. Finalement, l’exposition revue et corrigée tient parfaitement la route. Présentées sur des cimaises rouges qui réveillent l’austérité architecturale des lieux, quatre-vingt-quatorze toiles permettent d’aborder la plupart des thématiques chères à l’artiste. Redécouvert après un long oubli lors de la rétrospective du Grand Palais à Paris de 1994, Gustave Caillebotte (1848-1894) apparaît comme une figure résolument à part dans l’histoire de l’impressionnisme. Il fut l’ami de Claude Monet, d’Auguste Renoir, de Berthe Morisot, Camille Pissarro et Alfred Sisley. Il collectionna leurs œuvres, fut leur premier mécène et légua sa collection à l’État – elle constitue depuis 1986 une large part du fonds impressionniste du musée d’Orsay. Mais stylistiquement et à quelques exceptions près – Les Roses, jardin du Petit GennevilliersLe Petit Bras de la Seine près d’Argenteuil, Allée de la villa des Fleurs à Trouville –, il ne s’essaiera à la touche vive et fragmentée de ses amis qu’avec parcimonie, privilégiant plutôt un rendu réaliste, voire hyperréaliste dans certains cas, avec une extraordinaire précision du détail. Si l’exposition suit le fil chronologique de la – courte – carrière du peintre, le commissaire a surtout procédé par affinités de sujets, en parvenant à créer de vraies sections, qui rythment un accrochage par ailleurs très linéaire. Il est tour à tour question du parc de la propriété familiale de Yerres, où Caillebotte peignit plus de quatre-vingts tableaux, de scènes de genre – Intérieur, femme lisant, Dans un café, œuvre magistrale dans l’esprit de Manet et de Degas, prêtée par le musée des beaux-arts de Rouen –, de régates sur le bassin d’Argenteuil et bien sûr du Paris haussmannien, entre vues plongeantes sur ses larges avenues et figures solitaires accoudées aux balcons. Les amoureux des jardins seront à la fête. En plus d’être passionné de navigation, l’artiste était féru d’horticulture, et Daniel Marchesseau a réuni un très bel ensemble de peintures de fleurs où s’épanouissent glaïeuls, roses, orchidées, marguerites et capucines. Un seul regret : l’absence totale de peintures évoquant le goût de Caillebotte pour les plaisirs du canotage. Une ou deux de ses célèbres périssoires glissant sur les eaux calmes de l’Yerres auraient suffi à parfaire ce parcours cohérent, lumineux et rafraîchissant.

«Gustave Caillebotte, impressionniste et moderne», fondation Pierre Gianadda,
59, rue du Forum, Martigny (Suisse), tél. 
: 0041 27 722 39 78.
Jusqu’au 21 novembre 2021.
www.gianadda.ch
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