BRAFA in the Galleries, une alternative bien venue

On 11 February 2021, by Stéphanie Perris

Dans un climat pour le moins incertain, la BRAFA signe une 66e édition réussie. Pas de formule miracle à la clé pour la foire bruxelloise mais une bonne dose de professionnalisme et de pragmatisme. Décryptage.

Brafa in the Galleries, Brun Fine Art.
Courtesy BRAFA

Ils sont scrutés avec attention et ces derniers temps bien souvent avec appréhension : les bilans et rapports des grands rendez-vous du monde de l’art. Mais que peuvent-ils nous dire ? Entre annulations en série, reports ou propositions peu convaincantes, les foires ont-elles encore une raison d’exister ? Depuis presque un an, crise sanitaire oblige, elles tentent en effet de se maintenir, notamment par le biais du online. Dans ce climat que beaucoup qualifient d’anxiogène, la Brafa clôture pourtant une 66e édition désignée, non sans un certain plaisir, comme rafraîchissante et optimiste. La célèbre foire de fine art, souvent comparée à la Tefaf, mais en version mini, supplante ici cette rivale dont les viewing rooms n’avaient pas vraiment été couronnées de succès en fin d’année dernière. Venant de Marseille ou d’Amsterdam, d’Ostende ou de Paris, de New York ou de Nagoya et bien sûr de Bruxelles, où se déroule habituellement la foire, les 129 galeries participantes ont ainsi accueilli pendant cinq jours les amateurs, avec l’appui de la signalétique maison. «Le regroupement des galeries sous l’égide du nom “Brafa”, synonyme de qualité, a permis d’attirer et de rassurer les visiteurs, permettant ainsi une fréquentation bien plus élevée qu’habituellement, observe Georges Van Cauwenbergh, d’Artimo Fine Arts (Bruxelles). Depuis mars 2020, nous recevons en moyenne entre 5 et 10 personnes maximum par jour dans notre galerie. Lors de cet événement, nous avons reçu en moyenne 60 personnes par jour.» Les Parisiennes Agnès et Odile Aittouarès confirment : «Et cela faisait sens même pour les galeries hors Bruxelles, car nous étions tous visibles sur le site de la Brafa comme dans un seul lieu.»
Plateforme digitale et public en galeries
Tous les exposants consultés sont enthousiastes et saluent le travail de communication, la qualité de la plateforme, et notamment les tours virtuels des galeries. Carlo Milano de la Callisto Fine Arts, à Londres, n’hésite d’ailleurs pas à voir «Brafa in Galleries» comme la meilleure foire numérique à laquelle il ait participé. «Il s’agit d’une initiative remarquable et le comité d’organisation a fait preuve de beaucoup d’imagination pour proposer un outil, pour nous donner une visibilité internationale, sans aucun frais», confirme Alexis Bordes. «Cette initiative originale s’est révélée un véritable “booster” pour notre moralbien éprouvé ces derniers temps. Dégagés des contraintes financières grâce à l’extrême générosité des organisateurs, nous avons vécu les trois derniers mois comme une aventure nouvelle et extrêmement ludique», avouent Philippe Bismuth et Vincent Amiaux de la galerie des Modernes. Car il faut le souligner, cette édition était financièrement neutre pour les participants grâce au partenariat avec la Delen Private Bank. Un argument de taille en cette période. Pour beaucoup, l’initiative était aussi l’occasion de renouer avec le public en proposant un projet spécifique. «Nous avons accueilli une centaine de personnes le samedi», note Vincent Matthu, qui collaborait avec la galerie Gokelaere & Robinson, en proposant une sélection d’œuvres des années 1960-1970, du mobilier mais aussi des travaux sur papier de Lee Ufan. Si tous les exposants ne notaient pas une telle affluence, le trafic du site faisait la différence, comme pour la galerie AB-BA, qui cédait deux sculptures d’Étienne Viard à un nouveau collectionneur. Xavier Eeckhout avait choisi un focus sur Mateo Hernandez à travers une quinzaine de dessins et peintures, entre 5 000 et 20 000 €. La galerie Martel Grenier optait, dans son espace de la rue de Lille, à Paris, pour une confrontation sculptures-tapisseries en exposant des œuvres de Parvine Curie et des tapisseries d’André Borderie, artiste céramiste et peintre, provenant de la collection familiale. Charles-Wesley Hourdé préférait montrer des pièces d’art premier acquises récemment dans une fourchette de prix raisonnables. «Il m’a semblé que la période n’était pas forcément la meilleure pour dévoiler des pièces majeures», confie le marchand parisien, qui avoue avoir réalisé de belles ventes dès le début de l’événement (entre 10 000 et 20 000 €). Et de poursuivre : «Si les semaines sont calmes en galerie, les samedis sont redevenus des journées d’importante affluence, car les autres activités liées à l’art comme les musées sont inexistantes.» Le besoin des collectionneurs et amateurs de renouer avec une offre culturelle est bien réel. «Nous découvrons une clientèle qui a envie de se faire plaisir et d’effectuer également des placements financiers dans des œuvres rares et de grande qualité», analysent Agnès et Odile Aittouarès. «Le marché de l’art reste dans ces temps difficiles le meilleur investissement et placement financier», confirme Charles Bailly, enthousiaste après avoir vendu une toile de Sam Francis et capté trois nouveaux collectionneurs. «Le marché va continuer sa progression dans les prochains mois, les collectionneurs répondent toujours présents et le secteur est, de plus en plus, animé par de nouveaux acheteurs et investisseurs qui cherchent à placer leur argent dans des valeurs refuges. L’heure est à l’investissement, et l’art bénéficie d’un régime fiscal très intéressant», estime Alexis Lartigue, qui vendait, parmi une sélection d’œuvres abstraites d’après-guerre, une peinture de Vasarely de 1974 et une compression de vélos de César. De son côté, la galerie Janssen, présente à Bruxelles et à Knokke, cédait un bois découpé de Gert et Uwe Tobias, une aquarelle d’Emily Mae Smith ainsi qu’un tableau abstrait de Léon Wuidar. La programmation attirait une clientèle venue des Flandres.
Réponse à une conjoncture spécifique
Pourtant, si l’édition 2021 de la Brafa est bel et bien un succès, tous les acteurs aspirent à un retour à la normale. «Nous préférerions que cette opération, certes généreuse et bien orchestrée, soit exceptionnelle, comme les mesures que nous subissons actuellement. Nous espérons retrouver le salon habituel, fort de ses 70 000 visiteurs», confie Hélène Greiner. «Cette initiative était formidable, mais elle répond à une conjoncture bien spécifique et n’est pas destinée à être renouvelée comme telle, ne serait-ce que pour des raisons budgétaires. La Brafa n’a pas vocation à sponsoriser ses participants», commentent Philippe Bismuth et Vincent Amiaux. «Quoi qu’il en soit, nous pensons que rien ne peut remplacer l’impact réel d’une foire en live telle que la Brafa, dont la qualité et le standing sont sans égal.» Portée par son marché national, la chaleureuse manifestation belge tire en tout cas son épingle du jeu, forte désormais d’une expérience digitale qui pourrait lui ouvrir un peu plus les portes de l’international.

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