Biard, du Nord au Sud

On 04 May 2021, by Frank Claustrat

Peintre romantique méconnu, François Auguste Biard (1799-1882) est un artiste globe-trotter de formation académique, au parcours d’aventurier-ethnologue-poète singulier.

 

À défaut d’avoir pu découvrir cet hiver l’exposition que lui consacrait la maison de Victor Hugo, on peut suivre une visite guidée en ligne sur le site de Paris Musées (www.parismusees.paris.fr/fr/visite-virtuelle-biard) ou consulter le catalogue publié à cette occasion, première monographie sur l’artiste. L’essentiel de la production d’images inspirées de voyages extrêmes, dans le Grand Nord et en Amazonie, y est traité, principalement, par deux spécialistes du peintre, Vincent Gilles et Baptiste Henriot. Formé à l’école des beaux-arts de Lyon, Biard expose pour la première fois en 1824 au Salon de Paris. En plus du traditionnel voyage en Italie, il visite la Grande-Bretagne, l’Écosse, l’Allemagne et la Suisse, les pays scandinaves puis le Grand Nord : en 1839, il participe à une expédition scientifique au Spitzberg et en Laponie, à bord de La Recherche. De ce voyage scientifique, Biard rapporte des centaines de croquis et d’esquisses qui à son retour deviendront des paysages inédits de grande valeur pour l’histoire de la peinture romantique. En théâtralisant l’espace arctique – d’un exotisme spectaculaire avec ses eaux glaciales, ses icebergs dramatiques et ses aurores menaçantes –, il devient le représentant majeur du romantisme polaire ou « boréalisme », pendant de l’orientalisme. Avec une verve sans égale, Biard définit un Nord sublime, sa géographie hostile, sa faune sauvage, son peuple Sami. Cette iconographie du Grand Nord – pittoresque et fantasmé en partie –, composée de scènes de naufrage, de chasse et de genre, dépasse alors l’entendement du public. Qui ne pouvait concevoir les phénomènes surnaturels de la nature polaire. Vingt ans plus tard, Biard se rend au Brésil. Il remonte alors l’Amazonie où il peint les Indiens Munduruku dans la forêt tropicale. L’attrait de Biard pour les populations nomades est intact, le sens du fantastique et de la romance en moins. À l’épreuve du Nord, le Sud ne fait pas forcément le poids dans la peinture romantique.

François Auguste Biard, peintre voyageur, éd. Paris Musées/
Maison de Victor Hugo, 2020, 168 
pages, 110 illustr., 29,90 €.
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