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Bernard Plossu et sa collection «particulière»

On 24 February 2017, by Sophie Bernard

Il y a un an, le photographe français a fait don de sa collection à la MEP. Élaborée au gré de ses rencontres, elle est le fruit d’échanges avec d’autres confrères.

Bernard Plossu et sa collection «particulière»
Claude Batho (1935-1981), Le Couloir, Olette, 1970, collection Maison européenne de la photographie, Paris, don de Bernard Plossu.

Ordinairement, une collection ne doit rien au hasard. Elle est le résultat d’une quête ou d’une intention, parfois fastidieuse, souvent obsessionnelle, et nécessite des moyens financiers. Celle que présente la Maison européenne de la photographie (MEP) actuellement ne répond pas à ces critères. Elle a été initiée par le photographe Bernard Plossu à la fin des années 1960, selon un principe atypique : l’échange avec d’autres photographes. Des 1 200 images qu’il a réunies en cinquante ans et dont il a fait don à la MEP, l’institution parisienne en présente une sélection de plus de cent cinquante, opérée par le photographe lui-même et Pascal Hoël, responsable de la collection et commissaire de l’exposition. «Bernard Plossu est une figure attachante et quelqu’un de très généreux avec ses tirages», raconte Jean-Luc Monterosso, directeur de la MEP. «Sa collection est d’autant plus intéressante qu’elle représente le regard d’un photographe sur l’œuvre d’autres photographes ; elle ne rassemble pas forcément des icônes ou ce qu’un collectionneur achèterait. C’est beau, comme démarche… »

"Il était hors de question de vendre ma collection… ce sont des cadeaux ! Et à quoi sert-elle si personne n’en profite ?"   Bernard Plossu

Un collectionneur atypique
Le plus beau, c’est que le photographe a élaboré cette collection sans s’en rendre compte. C’est près de vingt ans après l’avoir débutée, en 1986, lorsqu’il rentre définitivement en France, après avoir vécu au Mexique, en Californie et au Nouveau-Mexique, et effectue d’autres voyages notamment en Afrique qu’il prend conscience d’en posséder une. Comme il le dit lui-même : «Ça s’est fait comme un jeu, pour reprendre une expression de Claude Nori»… un ami de longue date, dont une photographie est présentée à la MEP. Il faut imaginer en effet que derrière chaque image, il y a une rencontre entre un photographe et Bernard Plossu : «Quand je n’aime pas le travail de quelqu’un, je ne peux pas échanger avec lui. De même, certains tirages ont aujourd’hui une grande valeur financière, mais ça n’a jamais compté.» Robert Doisneau, Max Pam, Édouard Boubat, Marc Riboud, Joan Fontcuberta, Lewis Baltz… la liste est longue et impressionnante. Lorsqu’il a commencé, le marché de la photo n’existait pas encore, du moins en France. La question du prix d’un tirage ne se posait pas. Une période «innocente» qui a perduré pour lui, même lorsque la photographie est devenue un objet d’art et a acquis une valeur marchande : «Les années passant, je n’ai pas changé d’état d’esprit : toutes les images réunies sont des coups de cœur». À une exception près, Bernard Plossu a en effet choisi toutes les pièces de cette collection peu ordinaire.

 

Baudouin Lotin (actif depuis 1974), Santiago Bayacara, Mexique, 1982, collection Maison européenne de la photographie, Paris, don de Bernard Plossu.
Baudouin Lotin (actif depuis 1974), Santiago Bayacara, Mexique, 1982, collection Maison européenne de la photographie, Paris, don de Bernard Plossu.

Une collection Éclectique
Souvent, dans le cas d’une collection, l’ensemble forme un autoportrait de son propriétaire. Cela se vérifie ici  : elle est le reflet de la vie de Bernard Plossu, par sa dimension internationale et les nombreuses images de voyages qu’elle comprend. Elle montre aussi le photographe qu’il est lui-même, puisqu’elle est essentiellement en noir et blanc et réunit surtout des tirages argentiques et des petits formats, voire de tout petits formats. «Une traversée dans le XXe siècle», commente-t-il… En effet, l’intéressé a aussi bien côtoyé les photographes de sa génération que ceux des suivantes. Autre caractéristique prouvant, s’il était besoin, que sa démarche est toujours restée spontanée et sans arrière-pensée, «proche du langage de l’œil et du cœur», comme il le dit lui-même : l’ensemble convoque de grands noms, mais aussi de jeunes talents ou de parfaits inconnus.

 

Isabelle Levistre (né en 1966), Le Sous-Bois, 2009, de la série «Anamnèse», collection Maison européenne de la photographie, Paris, don de Bernard Plo
Isabelle Levistre (né en 1966), Le Sous-Bois, 2009, de la série «Anamnèse», collection Maison européenne de la photographie, Paris, don de Bernard Plossu.

Une exposition réussie
Si cette exposition est un vrai plaisir pour chacune des images qu’elle présente  et que l’on contemple comme un petit trésor, passant d’un Brett Weston à un Jeanloup Sieff ou d’un Masao Yamamoto à un Pentti Sammallahti , elle vaut également le détour pour l’accrochage, qui alterne les alignements conventionnels et les nuées d’images, façon cabinet de curiosités. Une belle réussite faisant ressortir le caractère intime des petits formats et la poésie des images. Mais, comme le dit son donateur, il ne faut pas résumer cette collection à sa seule poésie. Pour lui, elle montre surtout que, en prenant une photo, son auteur signe un acte de résistance et a ainsi une participation active face à la vision du monde que l’on veut nous imposer. Dès lors, il n’est pas étonnant que Bernard Plossu ait fait don de sa collection de tirages à la Maison européenne de la photographie, et de ses neuf cents livres signés au musée Nicéphore-Niépce de Chalon-sur-Saône… Le partage est déterminant pour lui : «Quand on prend une photo, on la rend aux autres en l’exposant», dit-il. C’est désormais chose faite.

 

  
© Jean-Baptiste HUYNH
BERNARD PLOSSU
EN 5 DATES
1965 Réalise ses premières photos au Mexique, à l’âge de 20 ans.
1967  Débute ses échanges de tirages avec ses amis photographes européens et américains.
1973   Entame sa correspondance avec Max Pam. L’année suivante, parution dans la revue Camera et exposition à «Friends of Photography» en Californie.
1980  Rencontre la photographe Françoise Nuñez, qu’il épouse en 1986.
1988   Rétrospective au MNAM/Centre Pompidou et grand prix national de la photographie.

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