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Bernar Venet : ligne de vie

Published on , by Céline Piettre

Qui est vraiment Bernar Venet ? Après Niki de Saint Phalle en 2015, l’historienne Catherine Francblin s’attaque à une personnalité bien moins connue de ses compatriotes, mais pour qui elle s’adonne au même exercice de démystification. L’artiste, né en 1941 à Château-Arnoux-Saint-Auban, un petit village des Alpes-de-Haute-Provence,...

Catherine Francblin, Bernar Venet - Toute une vie pour l’art, Gallimard, 256 pages,... Bernar Venet : ligne de vie
Catherine Francblin, Bernar Venet - Toute une vie pour l’art, Gallimard, 256 pages, 28 €.

Qui est vraiment Bernar Venet ? Après Niki de Saint Phalle en 2015, l’historienne Catherine Francblin s’attaque à une personnalité bien moins connue de ses compatriotes, mais pour qui elle s’adonne au même exercice de démystification. L’artiste, né en 1941 à Château-Arnoux-Saint-Auban, un petit village des Alpes-de-Haute-Provence, a accompli une partie de sa carrière aux États-Unis, à l’abri des regards de l’Hexagone. Il sera longtemps mal compris et mal aimé en France, chahuté pour la démesure de ses sculptures publiques et sa « réussite » économique. L’autrice tente ici d’en cerner méthodiquement la vie et l’œuvre, en s’emparant de toute la littérature disponible – et il y a pléthore en la matière, tant Venet a fait très tôt l’objet de publications (dont l’ouvrage de Catherine Millet, en 1974), pour beaucoup en anglais, et de recueils d’entretiens, où ce théoricien-né excelle dans l’art de se raconter. Soit une entreprise minutieuse qui reprend au jour près la trajectoire Venet, tentant de relier le jeune ambitieux sans le sou, qui aspirait à devenir « Rembrandt ou rien », à l’homme affable et prospère accueillant le gratin de l’art dans sa propriété du Muy, métamorphosée en parc de sculptures ; retraçant les années de vaches maigres où il squattait l’atelier d’Arman à New York, au contact de Frank Stella et Sol LeWitt, à la consécration institutionnelle dans les jardins de Versailles ; sans oublier ses débuts de collectionneur, quand il acquiert aux enchères en 1972, pour 6 000 $, la Pelle à neige de Duchamp, indifférent aux ricanements de la salle. Catherine Francblin s’appuie sur une langue préservée de toute prétention pour nous livrer une vision la plus unifiée possible. Son empathie évidente pour son sujet – qui frise parfois l’indulgence – entraîne le lecteur dans l’aventure. Bernar Venet s’y dévoile comme un homme de réseaux, qui a su s’appuyer sur ses pairs – l’avant-garde conceptuelle américaine en l’occurrence – pour amorcer et consolider son ascension. Une galaxie artistique réunie aujourd’hui dans sa collection du Muy, et dont ce « Rastignac » de l’art semble avoir renoncé à en être le soleil.

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