Béatrice Salmon, au service des arts visuels

On 18 February 2021, by Myriam Boutoulle

À la tête du Centre national des arts plastiques (Cnap) depuis novembre 2019, l’ancienne directrice du musée des beaux-arts de Nancy et du musée des Arts décoratifs de Paris a à cœur de soutenir l’écosystème des arts visuels.

© Steve Murez

Votre mission est de mettre en œuvre le projet de relocalisation du Cnap sur un site unique à Pantin conçu par les agences Bruther et Data, qui permettra de réunir les services et les réserves des collections. Pouvez-vous nous présenter ce projet ?
La perspective du déménagement du Centre national des arts plastiques à Pantin, dont l’échéance a été reportée à 2024, permettra pour la première fois à cette institution de disposer d’un bâtiment dédié et pensé pour ses activités. D’expérience, je sais combien le temps du projet architectural est aussi celui où l’on peut donner une dynamique nouvelle à une institution. L’ambition est que ce bâtiment devienne un lieu de rencontre plus ouvert aux professionnels des arts visuels et un lieu de ressources.

Les réserves des collections seront-elles en partie mutualisées avec celles du Mobilier national ?
Oui, le Mobilier national disposera d’environ 30 % des 25 000 m2 de réserves aménagées pour ses collections les plus patrimoniales, qui ne répondent pas à leur mission d’ameublement fonctionnel. C’est assez exemplaire de voir deux établissements du ministère de la Culture partager un même équipement d’importance. Nous aurons des espaces techniques en commun : ateliers photo et restauration. Nous construisons ce projet dans un esprit collaboratif avec le directeur du Mobilier national, Hervé Lemoine, et ses équipes.

Le chantier architectural est précédé de ce que vous appelez un chantier des collections. De quoi s’agit-il précisément ?
C’est une méthodologie précise qui consiste à mettre en place une chaîne de travail dans laquelle chaque œuvre de la réserve passe par différents stades de traitement pour être emballée en vue de son transfert. Cela permet d’examiner son état – si elle nécessite une restauration –, de procéder à une conservation préventive et d’alimenter un outil de gestion des collections. C’est aussi l’occasion de vérifier la couverture photographique de l’œuvre, de l’optimiser, de contrôler son identité en regard des informations de la base de données. Notre collection a été initiée en 1791 et les critères d’identification n’étaient évidemment pas ceux qu’on connaît et applique aujourd’hui. Ce chantier permet d’enrichir à la fois la base de données interne de gestion de la collection et la base de données accessible en ligne sur le site cnap.fr, réalisée par Videomuseum. Lancé depuis un an, le chantier des collections du Cnap va se poursuivre durant deux ans pour traiter près de 37 000 œuvres conservées dans les réserves (sur 105 000), dans la perspective de leur installation à Pantin. Les quelque 60 % restants sont actuellement déposés dans des musées, des FRAC, dans l’espace public, des lieux administratifs, des églises… sur l’ensemble du territoire.
 

Fernand Léger, Le Transport des Forces, 1937, FNAC 2015-0477, Centre national des arts plastiques.© Adagp, Paris/Cnap/photo : Yves Chenot 
Fernand Léger, Le Transport des Forces, 1937, FNAC 2015-0477, Centre national des arts plastiques.
© Adagp, Paris/Cnap/photo : Yves Chenot

 


Dans le cadre du plan de relance du gouvernement, de nouveaux dispositifs de soutien à la création ont été mis en place. Le Cnap a obtenu 3,8 M€ supplémentaires pour accompagner les artistes, les galeries d’art contemporain et d’autres professionnels de l’art (3,6 M€ pour les dispositifs de soutien et 0,2 M€ pour conforter les acquisitions). Pouvez-vous détailler ce budget ?
La mission première du Cnap est le soutien au secteur des arts visuels et s’incarne à travers une quinzaine de dispositifs qui s’adressent en priorité aux artistes, mais aussi aux différents acteurs de cet écosystème. Nous considérons que la politique d’enrichissement de nos collections est une autre modalité de soutien, à travers l’achat ou la commande publique. La crise sanitaire a rendu ces dispositifs d’autant plus nécessaires. Nous avons obtenu du ministère de la Culture l’assurance d’avoir des moyens nouveaux pour permettre de les requalifier et de les adapter à l’urgence de la situation. Par exemple, nous avons notablement renforcé les moyens du dispositif « secours exceptionnel », de nature strictement sociale, dont le montant a été réévalué à 1 500 € par an. Nous l’avons élargi aux professionnels des arts plastiques : commissaires d’expositions, auteurs…

Concernant les galeries, sur quels critères est attribuée la dotation ? Quel rôle joue le Comité professionnel des galeries d’art (CPGA) ?
Les galeries disposaient déjà de différents dispositifs. À titre d’exemple, l’aide à la première ou seconde exposition d’un artiste a été élargie, dans le cadre du plan d’urgence, à ceux qui n’ont pas exposé depuis plus de cinq ans. C’est une façon de contribuer au risque que prend la galerie en soutenant la création émergente. Cette année, nous avons décidé d’affecter un budget de 2 M€ à un nouveau dispositif lié à la crise : une contribution aux charges fixes des galeries d’art contemporain dont le chiffre d’affaires annuel est compris entre 80 000 et 800 000 €, à travers des soutiens forfaitaires de 4 500, 7 500 ou 10 000 € selon les niveaux de charges fixes (loyer, salaires, etc.). Nous avons accepté, en dialogue avec le CPGA, de changer nos règles de travail pour s’adapter aux besoins des galeries avec une commission unique, se réunissant trois fois dans l’année pour étudier l’ensemble des dispositifs. Les aides déjà citées, auxquelles s’ajoutent une aide à la publication, une aide à la production d’œuvre sous la forme d’un prêt à taux zéro et un dispositif de promotion de la scène française à l’international pour accompagner un partenariat avec une galerie étrangère, le financement d’une foire physique ou numérique, sont étudiés simultanément.
 

Thierry Fontaine, Collection #1, 2017-2018, FNAC 2019-0396, Centre national des arts plastiques.© Adagp, Paris/Cnap
Thierry Fontaine, Collection #1, 2017-2018, FNAC 2019-0396, Centre national des arts plastiques.
© Adagp, Paris/Cnap


Comment se définissent les orientations de la politique d’acquisition et de commande ?
Les équipes de conservation en charge de la collection proposent des axes de développement aux membres à la commission d’acquisition et de commande, en dialogue avec l’équipe permanente de conservation. Actuellement, ces orientations sont attentives aux scènes française et émergente, elles portent une plus grande attention aux artistes femmes et une volonté d’actualiser une forme d’histoire postcoloniale. Il s’agit de transformer ces inflexions en choix d’acquisition, sans oublier que nous ouvrons aux artistes et aux galeries la possibilité de proposer directement des œuvres. Nous constituons une collection inaliénable et notre responsabilité est de faire des choix que l’Histoire pourra juger.

Le Cnap publie la première édition du Guide pratique du 1 % artistique et de la commande publique. Allez-vous renouveler les autres guides téléchargeables ?
Cette première publication vient combler un manque. La commande publique, en particulier le 1 %, n’est pas assez mise en œuvre et le droit des artistes respecté comme dispositif légal. J’espère que ce guide gratuit aura une vocation incitative par rapport à cette mission. Par ailleurs, en 2021, nous nous engageons à mettre à jour nos différents guides téléchargeables sur notre site Internet, notamment celui sur les aides privées et publiques en faveur des artistes.

Que contiendra le premier Mooc dédié au design graphique diffusé sur la plateforme francophone Fun Mooc ? À qui est-il destiné ?
Le Mooc sur le design graphique, que nous lançons prochainement, va permettre de donner une plus grande visibilité à notre action de longue haleine dans le domaine du design graphique, champ trop marginalisé alors qu’il détermine une large part de notre quotidien. Nous possédons en France une création exceptionnelle dans cette discipline et nous avons au sein du Cnap une chargée de mission dont la vocation est d’être l’interlocutrice de ce secteur et de le faire valoir, y compris dans les procédures de commandes publiques. Ce Mooc, gratuit, est l’outil qui nous paraît approprié pour s’adresser au plus grand nombre, même s’il vise plutôt le public enseignant de collège. C’est aussi une formidable mine de ressources et d’exercices que chacun peut s’approprier.

à consulter
Guide pratique du 1 % artistique et de la commande publique, édition du Centre national des arts plastiques, 80 pages, gratuit.
À télécharger sur www.cnap.fr

Les 68 collections mises en ligne sur www.videomuseum.fr
Welcome La Drouot Gazette offers you 4 Articles.
You still have 3 article(s) left to read.
I subscribe