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Barbara Hepworth à taille directe

Published on , by Christophe Dorny

Une institution d’envergure nationale, le musée Rodin, célèbre enfin l’artiste d’outre-Manche, figure majeure de la sculpture au XXe siècle.

Barbara Hepworth, Two Forms, 1937, marbre, 72,5 x 60,4 x 47 cm, collection privée... Barbara Hepworth à taille directe
Barbara Hepworth, Two Forms, 1937, marbre, 72,5 60,4 47 cm, collection privée en dépôt à The Hepworth Wakefield, Barbara Hepworth.
© Bowness Photo © Hepworth Estate

Dans les années 1930, quelques peintres et sculpteurs britanniques bousculent les codes en s’éloignant des esthétiques figuratives de Picasso ou de Matisse : Henry Moore deviendra le plus célèbre d’entre eux. Barbara Hepworth (1903-1975), profondément antiacadémique, totalement happée par son art, est l’autre actrice de cette avant-garde que présente cette exposition en trois volets : une longue et riche introduction documentaire à partir des liens qu’elle entretient avec le milieu artistique à Paris, son atelier en Angleterre et l’ensemble de ses œuvres. Dans la première partie, nombre de lettres (notamment de Mondrian, dont elle admire la rigueur), catalogues, photographies de ses pièces monumentales, témoignent de sa volonté d’échanger et de se faire connaître. L’événement le plus important reste la visite qu’elle effectue en 1933 dans l’atelier de l’impasse Ronsin (15e arrondissement) de son aîné, le sculpteur Brancusi. Elle parle d’une «révélation» auprès de ce maître de l’épure formelle et de la force vitale. Toujours à Paris, elle se lie d’amitié avec Jean Arp, qui évolue dans le registre de l’abstraction organique, où la forme simplifiée réapparaît. On prend ensuite connaissance en images de son atelier (transformé en musée) de Saint Ives, sur la côte de Cornouailles, où elle s’établit en 1939. Un lieu de travail à l’ancienne, avec maillets, ciseaux et burins. L’artiste sera en effet l’une des rares à pratiquer toute sa vie la taille directe, considérée par elle comme la plus naturelle. Deux films abordent in situ les sources de sa prise en compte de la nature, qui va tant inspirer son abstraction : «Toute ma sculpture sort du paysage : la sensation de la terre quand on marche dessus, la résistance, l’usure, les affleurements, les structures de croissance (…) aucune sculpture ne vit vraiment tant qu’elle ne retourne pas au paysage». Quelques peintures et dessins témoignent de ses autres supports d’expression.
Percer le plein
On entre enfin dans la magnifique salle consacrées aux œuvres en volume. Y sont présentées celles de 1935 en marbre, proches d’archétypes primitifs, jusqu’à ses travaux de la fin des années 1960 coulés en bronze, moins sévères. Le grand geste de Barbara Hepworth aura été de percer le plein pour en montrer l’intérieur : travailler la convexité en rapport avec la concavité, à l’exemple de ces fameuses pièces en bois africain d’une saisissante harmonie. Aucune de ses créations, soigneusement pensées, ne donne prise au décoratif. Tout est tension et élan. L’exposition permet aussi, grâce à la richesse des textes du catalogue, de mieux comprendre côté français la généalogie de cette abstraction organique : dominée par Arp, portée aussi par Archipenko, Raymond Duchamp-Villon, Manolo, elle se poursuivra avec des artistes comme Noguchi, Hajdu et Gilioli. Dès les années 1950, la sculptrice est considérée par les spécialistes à l’égal d’Henry Moore. Mais quand bien même elle multiplie les expositions en Grande-Bretagne, et représente celle-ci à la Biennale de Venise en 1950 (aux côtés du peintre Matthew Smith), elle est toujours passée après son compatriote. Décédée en 1975, elle n’aura jamais la reconnaissance parisienne plusieurs fois espérée de son vivant. La longue indifférence des autorités culturelles explique que la France ne possède aucune de ses œuvres dans ses collections publiques. Une seule est conservée dans une institution privée, la Fondation Maeght, issue d’un don… de Barbara Hepworth.

«Barbara Hepworth», musée Rodin,
77, rue de Varenne, Paris VIIe, tél. : 01 44 18 61 10.
Jusqu’au 22 mars 2020.
www.musee-rodin.fr
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