Attention, chef-d’œuvre !

On 10 October 2019, by Anne Doridou-Heim

La réapparition du portrait d’un grand homme d’État des premières décennies du XVIIe siècle fait déjà figure d’événement. La figure en bronze de Paul Phélypeaux, seigneur de Pontchartrain, va faire souffler le vent de l’histoire.

Attribué à Francesco di Bartolomeo Bordoni (vers 1574-1654), Portrait de Paul Phélypeaux, seigneur de Pontchartrain (1569-1621), buste en bronze à patine brune sur piédouche en marbre bleu turquin, hauteur totale : 87,7 cm, dimension du buste : 70,5 66 32 cm, titré au revers «Paul Phélypeaux - Seigneur de - Pontchartrain - Secrétaire d’Estat - 1610».
Estimation : 500 000 à 800 000 

Paul Phélypeaux (1569-1621) se prépare à son retour sur la grande scène publique, lui l’homme de l’ombre, l’artisan de la paix dans un siècle qui, dès ses premières lueurs, s’annonce si tourmenté, l’oreille de deux rois et d’une reine, et tant encore. Si son image, peu à peu, s’était enfoncée dans l’oubli, il faut reconnaître qu’elle n’avait été que très peu diffusée. Ce grand commis de l’État préférait les silences de son bureau de travail aux éclats des décorations. Au hasard d’un inventaire, son visage s’est détaché, puis imposé, ensuite il a fallu travailler, tâtonner, persévérer pour déterminer qui avait été capable d’exécuter une telle pièce majeure avec autant de force et d’humilité. L’attribution à Francesco Bordoni (vers 1574-1654) est le fruit de ces études. La famille propriétaire, pourtant ancienne et en ligne directe, avait perdu l’identité de ce bronze. Heureusement, une plaque en laiton insérée au revers de l’œuvre mettait aussitôt sur la piste de ce serviteur d’État qui n’a que 14 ans lorsqu’il est nommé secrétaire ordinaire de la chambre d’Henri III. Début d’un parcours sans faute qui le mène à successivement, seconder le secrétaire d’État à la Guerre et aux Affaires étrangères, devenir le secrétaire aux Commandements de Marie de Médicis, puis en 1610, trois semaines tout juste avant ce 14 mai fatidique, être pourvu par Henri IV de la charge de secrétaire d’État, ce dernier précisant «qu’il ne pouvait pas la pouvoir remplir d’un personnage plus digne, plus fidèle, ni plus capable». Sa carrière ne s’arrête pas cependant à la mort du bon roi. Ayant acquis la confiance de Marie, elle lui confie la mission de l’assister dans l’administration de la Régence. Un choix des plus judicieux ; alors que ces années résonnent de bruits de trahisons et d’épées, la tâche, accomplie avec une sagesse exemplaire, le mène à négocier la fameuse paix de Loudun signée en 1616, apaisant pour un temps les conflits religieux. Quel conseiller des plus précieux devait être cet homme, pour que Louis XIII le conserve auprès de lui, alors qu’il a éloigné la reine des affaires ? C’est à lui qu’il confie la difficile réconciliation avec cette mère qui s’agite depuis Blois et lève des troupes, à lui aussi qu’il demande de l’accompagner au siège de Montauban. Sa mission ne se serait certainement pas arrêtée là, s’il n’avait été foudroyé par la fièvre pourpre devant les remparts de la cité occitane, qui l’emportera le 16 octobre 1621. Sa veuve, Anne de Beauharnais, rapatrie son corps à Paris et décide de l’inhumer à Saint-Germain- l’Auxerrois dans la chapelle des Trépassés. Fin de l’histoire d’un homme, début de celle de son effigie en bronze… une autre histoire qui devrait prendre une tournure sonnante et trébuchante le 20 novembre prochain.

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