Arthena : 40 ans au service de l’art

On 30 June 2017, by Carole Blumenfeld

Les éditions Arthena, prix Drouot 2017 pour François Girardon. Le Sculpteur de Louis XIV, fêtent cette année leurs 40 ans, l’occasion de revenir sur des livres d’art d’exception.

Joseph-Benoît Suvée, La Vestale Tuccia portant le crible rempli d’eau pour prouver son innocence (détail), c. 1785, Tours, musée des beaux-arts.
© Tours, musée des beaux-arts © cliché dominique couineau

Je suis un historien de la littérature, mais j’ai été partiellement converti à l’histoire de l’art grâce à ces magnifiques ouvrages extrêmement savants, confie Marc Fumaroli. Tel Champollion déchiffrant les hiéroglyphes, une génération de chercheurs a redécouvert la peinture française des XVIIe et XVIIIe siècles et, grâce à Arthena, l’école d’histoire de l’art français est aujourd’hui incontournable sur la scène internationale.» En nous présentant «Le Baroque des Lumières. Chefs-d’œuvre des églises parisiennes au XVIIIe siècle» (voir Gazette no 19, p. 213), Christophe Leribault n’a d’ailleurs pas pu s’empêcher de s’exclamer sur un ton jovial : «C’est vraiment une exposition Arthena !» L’auteur de Jean-François de Troy faisait référence à Jean Jouvenet, Jean Restout, François Lemoine, François-Guillaume Ménageot, Noël-Nicolas Coypel, Les Hallé, Joseph-Marie Vien, Jean-Baptiste Marie Pierre, Jean-Baptiste Deshays, François-André Vincent, Pierre Peyron et bientôt Joseph-Benoit Suvée, tous présents dans l’exposition. Créée en 1977, Arthena présente aujourd’hui un catalogue de plus d’une soixantaine d’ouvrages, la plupart primés. «Arthena publie des monographies accompagnées de catalogues raisonnés qu’aucun autre éditeur privé ne serait en mesure d’éditer avec régularité», insiste Pierre Rosenberg, en faisant allusion à la clientèle hélas encore trop restreinte, au très lourd suivi éditorial et aux coûts de fabrication, notamment celui des images. Le Vincent de Jean-Pierre Cuzin comportait par exemple 762 illustrations, Boilly d’Étienne Bréton et Pascal Zuber, prévu en 2018, 1 600 ! Pierre Rosenberg poursuit : «Arthena voudrait montrer la diversité d’une époque. En dehors des grandes vedettes, il y a des artistes qui étaient très célèbres de leur vivant et qui ne le sont plus. Les monographies permettent de porter un jugement sur eux et de leur rendre la place qui était la leur.» Beaucoup d’artistes ont d’ailleurs retrouvé leur aura dans les salles de ventes et sur les cimaises des musées. Le grand orchestrateur d’Arthena, Christian Volle, dont Pierre Rosenberg loue «le dévouement, la conscience exemplaire et le souci constant de la rigueur éditoriale», mentionne aussi les différentes restaurations réalisées, dont celle de la Scène de l’inquisition en Espagne de Gabriel Ferrier, qui dormait dans les réserves du musée Condé et a été déposé au musée d’Orsay à l’occasion de la publication en 2014 de La Peinture d’histoire en France (1860-1900), par Pierre Sérié. Il rappelle aussi comment la parution annoncée d’un volume a souvent encouragé les musées à organiser la première exposition monographique sur l’artiste. Après «Vincent» en 2013, le musée de Tours présentera ainsi «Suvée» en octobre : «J’avais depuis longtemps l’idée d’une grande exposition Suvée, confie Sophie Join-Lambert, la directrice, mais sur les conseils de Pierre Rosenberg et grâce à l’appui constant de Christian Volle et Jean-Pierre Cuzin, je me suis lancée en 2011 avec Anne Leclair et le regretté Jean-François Mejanès dans un projet beaucoup plus ambitieux. Nous espérions trouver 250 œuvres, nous en avons aujourd’hui plus du double. Le musée de Tours doit beaucoup à Arthena qui a mis à l’honneur nombre des peintres phares des collections. Je cite volontiers l’ouvrage sur Jean-Baptiste Perronneau de Dominique d’Arnoult, qui a retrouvé une œuvre mal attribuée dans nos réserves et identifié le modèle de notre prétendu Autoportrait de l’artiste.» Christian Volle reconnaît «avoir le sentiment ces dernières années que de nombreux chercheurs sont allés au bout de leur manuscrit, notamment les plus volumineux, car ils avaient avec Arthena la perspective de voir publier l’intégralité de leurs travaux», mais aussi, du côté de la maison d’édition, «une exigence plus grande sur la profondeur des recherches, la qualité du texte et une iconographie plus riche avec de nombreux détails et des pleines pages, et le souci constant d’une grande fidélité par rapport à l’œuvre originale». L’identité ou plutôt l’ADN d’Arthena est d’ailleurs cette batterie de corrections réalisées devant les œuvres. Or, si le rôle patrimonial d’association à but non lucratif est évident, la parution de chaque volume demeure un petit miracle et la mission est loin d’être achevée, tant les projets sont multiples. En dépit du bénévolat de sa direction, du renoncement des auteurs à recevoir des droits et d’une gestion ultra rigoureuse, la maison d’édition ne parvient à survivre que grâce au mécénat.

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