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Art Dubai : entre «top» et «bof»

On 05 April 2018, by Pierre Naquin

La foire historique du Moyen-Orient, dont c’est déjà la onzième année, fermait ses portes le 24 mars. Retour sur les petits échecs et les jolis succès d’un événement en reconstruction.

Art Dubai : entre «top» et «bof»
Walled Unwalled, (2018), par Lawrence Abu Hamdan (né en 1985), gagnant du Abraaj Group Art Prize 2018.
© COURTESY PHOTO SOLUTIONS. ABRAAJ GROUP ART PRIZE. ART DUBAI


Art Dubai célébrait l’an passé sa première décennie avec un bilan mitigé, qui laissait peu de place à l’enthousiasme pour l’édition 2018. Mais force est de constater que l’organisation, emmenée pour la seconde fois par Myrna Ayad (directrice générale) et Pablo del Val (directeur artistique), a su relever les défis qui se présentaient à elle. Même si tout n’a pas été parfait, la plupart des 105 galeries exposantes se montrent satisfaites de cette 11e édition en forme de renouveau annonçant, peut-être, de jolis sommets à venir. Un foisonnement d’activités s’offrait aux visiteurs, entre le forum de qualité internationale, The Room  le programme de performance  emmené par le collectif GCC, les dix ans de l’Abraaj Group Art Prize avec l’annonce d’un prêt à long terme au Jameel Arts Centre et la première édition du Ithra Art Prize. Mais l’attraction était la section Residents : elle présentait le fruit d’une production véritablement «locale», soit le travail de onze artistes accueillis en résidence sur quatre semaines.
Honneur à la jeunesse
Malini Gulrajani, de la galerie locale 1x1 Art, qui présentait Poonam Jain, confie : « Initialement, j’étais un peu inquiète de ne pas figurer dans l’espace principal, mais l’organisation a bien fait les choses et toutes les personnes importantes sont venues jusqu’à Residents. Nous avons vendu cinq ou six pièces phares, et cela a offert à notre artiste une très belle visibilité dans les médias.» Janina Rösner (de la Kornfeld Gallery, qui défendait le travail de l’Iranien Farshad Farzankia), est élogieux : «Nous avons vendu tout ce que nous avions. Nous sommes très fiers que notre peinture phare ait été acquise par la famille royale pour sa collection personnelle. Cela n’aurait pas été possible sans l’engagement des deux directeurs de la foire.» Francisco Rovira Rullán (Roberto Paradise) félicite aussi les organisateurs : «Presque toutes nos ventes venaient de nouveaux collectionneurs des Émirats, qui sont rapidement devenus plus que des clients, des amis.» Il présentait le travail de José Lerma, un peintre espagnol de 46 ans. Sanaz Askari, de la galerie The Mine, a eu moins de chance : «Nous avons réalisé quelques ventes, avec des prix situés entre 3 000 et 13 000 $ pour les peintures et autour de 39 000 $ pour les grandes installations. Mais principalement grâce à nos collectionneurs, qui avaient fait le déplacement depuis
l’Europe. Même si nous avons eu pas mal de visiteurs, j’ai l’impression que tout le monde n’a pas perçu cette plateforme comme un espace commercial.»

Modern, le parent pauvre
Avec seize galeries provenant de géographies très (ou trop ?) différentes, la section Modern est celle qui a eu le plus de mal à convaincre. Entre qualité variable, propositions revues à la baisse et contenu réduit, le compte n’y était pas. «Cette section était faible, les formats trop petits pour être représentatifs de l’œuvre des artistes présentés», estime Naila Kettaneh-Kunigk (galerie Tanit). Les visiteurs ne s’y trompent pas : «Malgré toute l’énergie et l’attention à chaque détail de la part des organisateurs, nous n’avons vendu qu’une seule pièce d’Amer Shomali pour 27 000 $. Il me semble qu’il y avait davantage de curieux et moins de collectionneurs dans notre section que l’année dernière», déclare Samar Martha, de Gallery One. Même si vouloir faire découvrir ou redécouvrir les modernités de ces régions est un très beau projet en soi, il implique un travail de recherche plus approfondi que celui que peuvent fournir les seules galeries participantes. Peut-être les organisateurs pourraient-ils ici se montrer plus ambitieux et/ou plus accompagnants…
Le contemporain, roi des Émirats
Sur la section contemporaine, l’enthousiasme était de mise. Peu d’ombre sur les dunes. Kristin Hjellegjerde a vendu l’intégralité des œuvres de son artiste iranienne Soheila Sokhanvari, qu’elle a, pour l’occasion, réussi à placer dans les collections du LACMA et du National Museum of Victoria de Melbourne. «Nous avons rencontré beaucoup de nouveaux collectionneurs. Le salon est plus solide et plus accessible que les années précédentes.» Sentiment partagé par Ian Rosenfeld, qui participait pour la première foire et reconnaît qu’il aurait dû venir plus tôt ! Il présentait un duo show du sculpteur italien Roberto Almagno et du jeune peintre chinois Lu Chao. «Nous avons rencontré de nombreux nouveaux clients. Nous avons peut-être même placé une œuvre de Lu Chao dans un musée polonais», nous glisse-t-il. «Je pense que ce qui fait le succès de la foire c’est son côté intime, calme, reposé, qui laisse aux VIP le temps d’apprécier les propositions.» Léa Chikhani de la galerie Sfeir-Semler vante également l’ambiance : «Même si ce n’est pas notre meilleure année en termes de chiffres d’affaires, c’est toujours un plaisir de revenir. La région développe tout autant ses collections que sa connaissance artistique.» Leila Heller, présente depuis la première édition, s’enchante du nombre de nouveaux collectionneurs qu’elle rencontre alors même qu’elle est active toute l’année sur Dubai : «C’est inestimable pour nous, cela enrichit notre base de clients.» Même si l’enthousiasme était largement partagé, certains se montraient tout de même un peu chagrins. John Martin, globalement satisfait de sa participation, note que les ventes se concentraient «principalement sur les petites pièces». Mila Askarova (Gazelli Art House) fait un constat similaire : «Nos ventes se sont débloquées dans les derniers jours. Nous avons vendu pour 25 000 $ d’œuvres de Farhad Farzaliyev et nous sommes en discussion pour une pièce en réalité augmentée du Recycle Group.» Naila Kettaneh-Kunigk reconnaît : «Pour nous aussi, les ventes étaient plutôt calmes. Nous avons fait des rencontres intéressantes mais personne des Émirats. La foire progresse d’année en année avec des propositions de plus en plus qualitatives même s’il reste encore et toujours quelques stands qui n’ont pas leur place sur un événement de cette envergure.» Malgré tout, donc, pour 2019, l’espoir semble plus que de mise !

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