Arco, l’esprit latin

On 06 March 2019, by Alain Quemin

Un peu trop sage, l’édition 2019 de la foire Madrilène se révélait néanmoins aussi efficace que sérieuse, attirant collectionneurs et institutions, notamment en provenance d’Amérique latine.

Le stand de la galerie bolonaise P420 à l’édition 2019 d’ARCO

ARCO fait figure de référence parmi les manifestations internationales. Créée en 1982, elle a su se faire une place reconnue, bien qu’elle ait émergé après les foires de l’espace germanique et la FIAC parisienne. Événement de contenu, elle est particulièrement prisée des commissaires et des responsables d’institutions. Arco apparaît indissociable de son cadre, l’immense parc des expositions de Madrid. L’espace, sans aucun charme et excentré mais situé à proximité immédiate de l’aéroport, dispose de larges allées qui permettent aux très nombreux visiteurs d’évoluer confortablement. Surtout, il offre aux galeries de vastes surfaces d’exposition, à des coûts intéressants. Le mètre carré de stand se vend environ 300 €, soit le tiers du prix de l’Armory Show, qui se tient une semaine plus tard à New York ! Dans ces conditions, les marchands peuvent se payer le luxe de présenter des stands très aérés, qui valorisent réellement les œuvres proposées. Les espaces ainsi investis sont parfois plus étendus que bien des galeries ! Très frappante, cette année, était la proportion de stands largement ouverts, alors que, dans trop de foires, les exposants cherchent à disposer de la plus grande surface possible de cimaises et, dans les pires des cas, les chargent ensuite lourdement, ce qui rend désastreuses les présentations.
Œuvres graphiques en (sur)nombre
En 2019, c’est très nettement la peinture qui dominait, parfois trop. Les deux poids lourds incontestés de cette édition ne faisaient pas exception, que ce soit Thaddaeus Ropac ou Hauser & Wirth. Si ces derniers se consacraient à Jenny Holzer, ils ne présentaient qu’une sculpture lumineuse ; toutes les autres œuvres étaient des encres sur papier. Comme toujours, les stands situés dans les allées périphériques des deux halls d’exposition étaient, dans l’ensemble, plus faibles. Ressortaient toutefois celui de la galerie madrilène Rafael Pérez Hernando avec une immense toile, magnifique, dans des tons brun-gris, de Claude Viallat, et celui de la genevoise Wilde Gallery, qui associait une double présentation des photographes Nan Goldin et Cornelia Parker à un solo show très réussi de Javier Pérez, mêlant photographies peintes et sculptures. Mayoral, de Barcelone, proposait deux superbes tableaux d’Antonio Saura, le reste du stand étant moins convaincant. Chez le Parisien Jérôme Poggi, ce sont les monochromes tissés par Sidival Fila, moine brésilien vivant en Italie, qui s’imposaient. Les deux plus beaux stands étaient sans doute celui de la bruxelloise Meessen De Clercq, animé par un immense polyptique en six panneaux de Claudio Parmiggiani  représentant des papillons dans des tons de grisaille , et celui de l’excellente galerie bolonaise P420. Les enseignes brésiliennes  traditionnellement présentes en nombre à ARCO et qui sont les meilleures d’Amérique latine  n’apparaissaient pas au mieux de leur forme. Une fois de plus, le stand d’une grande galerie le plus calamiteux était celui de Marlborough. Certes, les œuvres étaient moins entassées qu’à l’accoutumée mais, vraiment, ce n’était pas bon. Et la question de se poser sans cesse : comment cette enseigne, qui a certes connu son heure de gloire, parvient-elle encore à franchir l’étape des sélections ?
Marché dynamique
Côté ventes, les participants affichaient leur nette satisfaction et beaucoup soulignaient que les transactions avaient commencé rapidement cette année. La galerie Lelong, qui représente de nombreux artistes espagnols importants, disposait d’un vaste espace. Elle cédait pas moins de cinq sculptures de Jaume Plensa, deux grandes pièces en albâtre (à 300 000 € chacune) et trois éditions en bronze. Rien d’étonnant pour un artiste à la très riche actualité en Espagne. Un grand et magnifique tableau sur carton d’Antoni Tàpies (daté de 1988) était également vendu, à une entreprise madrilène, pour 250 000 €, soit une très belle affaire pour une pièce de cette qualité. Xaver von Mentzingen, de la galerie Ropac, se réjouissait également : «Nous avons vendu des œuvres de Baselitz, Cragg, Katz, Vedova et Castoro à des collections privées en Espagne, en Allemagne et aux États-Unis, ainsi qu’à une fondation au Mexique.» Et ce souvent au-delà des 500 000 €. Tous les participants indiquaient que les collectionneurs et institutions d’Espagne, de France, des États-Unis et d’Amérique latine étaient bien présents cette année, et n’hésitaient pas à acheter, même à des prix élevés, contribuant à dynamiser le marché. En 2019, ARCO était placée sous le signe d’un pays invité, le Pérou. La présentation de cette scène, pourtant désormais largement reconnue comme émergente, ne suscitait guère l’enthousiasme, notamment en raison d’un accrochage peu flatteur, dans des espaces souvent triangulaires. En conclusion était annoncé le thème de l’année prochaine. Un focus mis non pas sur un pays invité, comme cela se pratique trop souvent par automatisme, mais sur un artiste et un concept : l’Américain d’origine cubaine Felix Gonzalez-Torres, trop tôt disparu en 1996, et sa notion du temps. Soit le choix d’un créateur à l’œuvre d’une rare intensité, permettant de confirmer encore le lien d’ARCO avec l’Amérique latine. Cette proposition originale  placer une foire sous la figure d’un grand artiste  constitue une innovation remarquable, soulignant à la fois l’exigence des organisateurs et rappelant que la manifestation madrilène ne manque décidément pas de ressources. 

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