Aquamanile : de la bonne hygiène des mains

On 01 October 2020, by Caroline Legrand

Emblématique de l’époque médiévale, un aquamanile sera proposé lors de la prochaine vente à Louviers. L’objet indispensable se double d’une valeur symbolique.

Basse-Saxe, fin du XIIIe-début du XIVe siècle. Aquamanile en laiton à la cire perdue représentant un lion trapu reposant sur de courtes pattes, la prise en forme de serpent, h. 17,5, l. 19,5 cm (détail). 
Estimation : 20 000/25 000 

Par les temps qui courent, se laver les mains le plus souvent possible est une pratique des plus conseillées. Eh bien, sachez qu’au Moyen Âge elle était déjà passée dans les us et coutumes ! Apparus en Orient durant l’Antiquité, très usités en Europe du XIIe au XVe siècle, les aquamaniles étaient les ustensiles indispensables à sa bonne réalisation. Tirant leur nom du latin aqua (« eau ») et manus (« main »), ces récipients servaient dans des contextes tant civils que religieux, aux ablutions au moment de passer à table, mais aussi avant la messe. Ils étaient fabriqués, selon leur fonction ou le statut social de leur destinataire, en céramique, en alliage cuivreux ou en métaux précieux, option dont nous n'avons aujourd'hui que de rares témoignages, la plupart ayant été fondus pour leur riche matériau. Demeurent ainsi des exemplaires en laiton à la cire perdue, à l’image de celui présenté lors de la prochaine vente à Louviers, provenant de l’ancienne collection Charles Crodel (1894-1973), artiste de la Sécession berlinoise, peintre notamment de vitraux. Ils adoptaient la forme d’un animal, le plus souvent celle d’un lion, mais aussi d’un équidé, d’un griffon, d’un dragon ou d’une chimère… Autant de symboles forts dans la culture orientale. Parmi les modèles aujourd’hui conservés – on en dénombre environ quatre cents –, la plupart, en alliage cuivreux, proviennent des pays germaniques et datent des XIIIe et XIVe siècles.
Le lion, roi des sujets
Certains aquamaniles sont anthropomorphes, tel celui conservé au musée de Cluny, qui arbore la figure en buste d’un jeune homme. Des sirènes, des dragons ou autres animaux hybrides apparaissent également sur ces objets, qui s’inspirent aussi pour leur décor mythologique des rhytons antiques. On peut encore voir des cavaliers ou des personnages en lutte tirés de la tradition chrétienne ou des fables… Mais le décor seul ne peut être une indication suffisante pour fixer avec précision leur provenance artistique, d’autant qu’un tiers d’entre eux sont des modèles léonins. Cet animal, emblématique du pouvoir depuis des millénaires, fit l'objet d'un engouement tout particulier dans la Basse-Saxe du XIIe siècle. Cette région a connu en effet un important essor à cette époque, sous l’impulsion du duc de Saxe, le bien nommé Henri le Lion (1142-1195). Il favorisa l’essor des arts et le développement de ses ateliers de forge et fonderie. Doté d’une ouverture et d’un clapet sur le dessus de sa tête permettant de le remplir d’eau, d’une anse – ici en forme de serpent – et d’un bec verseur, au départ objet liturgique utilisé par le prêtre après la présentation du pain et du vin et avant la consécration, l’aquamanile s’est diffusé dans le domaine civil, ajoutant ainsi à sa valeur symbolique un réel intérêt hygiénique avant de passer à table. Ce moment de partage, cet acte d’acceptation de se laver les mains avec son hôte, relève aussi du savoir-vivre et des rituels d’hospitalité. L'aquamanile devait disparaître à la Renaissance, pour être remplacé par des aiguières, en majolique ou orfèvrerie, à l’apparence tout aussi riche mais plus occidentale.

Sunday 11 October 2020 - 14:00 - Live
Louviers - 28, rue Pierre-Mendès-France - 27400
Prunier
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