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Allégorie de la Foi, Judith et Holopherne

On 13 May 2019, by Anne Foster

L’histoire de Judith est tirée d’un livre deutérocanonique. Incluse dans la Bible par les catholiques et les orthodoxes, mais considérée comme apocryphe par les juifs et les protestants, elle inspire cette sublime version.

Allégorie de la Foi, Judith et Holopherne
Michelangelo Merisi, dit il Caravaggio ou le Caravage (1571-1610), Judith et Holopherne (vers 1607), huile sur toile, 144 173,5 cm.
Estimation : 100/150 M€

Cette œuvre a fait ces derniers temps couler beaucoup d’encre en retraçant les péripéties de son attribution (voir l'article Judith et Holopherne bientôt sous le marteau de la Gazette n° 8, page 10) ; cependant, cette Judith est l’une des plus puissantes héroïnes du Caravage. Lors du nettoyage de la toile, on s’est rendu compte que cette belle veuve regardait d’abord sa victime ; l’artiste lui donne plus d’intensité en la faisant ensuite presque défier le spectateur avec toute sa rage encore contenue. Elle affirme son pouvoir : sage et pieuse, elle sauve son peuple, restaurant la foi vacillante en la puissance de son Dieu. Dans le livre éponyme, Judith déclare à Ozias, prince de la cité de Béthulie, assiégée par l’armée d’Holopherne, général assyrien : «Écoutez-moi bien. Je vais accomplir une action dont le souvenir se transmettra aux enfants de notre race, d’âge en âge. Vous, trouvez-vous cette nuit à la porte de la ville. Moi, je sortirai avec ma servante et, avant la date où vous aviez pensé livrer la ville à nos ennemis, par mon entremise, le Seigneur visitera Israël. Quant à vous, ne cherchez pas à connaître ce que je vais faire. Je ne vous le dirai pas avant de l’avoir exécuté.» Son plan repose sur la ruse. Parée de ses plus beaux atours et joyaux, la jeune et jolie veuve se rend dans le camp ennemi et fait croire à Holopherne qu’elle peut l’aider à conquérir la ville : «Moi, ta servante, je sortirai de nuit dans le ravin et j’y prierai Dieu afin qu’il me fasse savoir quand ils auront consommé leur faute.» Arrive la quatrième nuit, et le général assyrien, impatient de profiter de la jeune femme, décide d’offrir un banquet. Judith déjoue son plan en le faisant boire plus que de coutume. Retirée seule dans la tente d’Holopherne, effondré ivre sur son lit, elle s’empare d’un cimeterre, «saisit la chevelure de l’homme et dit : Rends-moi forte en ce jour, Seigneur, Dieu d’Israël. Par deux fois, elle le frappa au cou, de toute sa force, et détacha sa tête». C’est ce moment que choisit l’artiste, plaçant la servante tenant le sac pour recevoir la tête tranchée. Le sang jaillit en gerbes de la gorge du général terrassé, les yeux révulsés lâchant leur dernière étincelle de vie. L’écarlate de la draperie au-dessus de sa couche fait écho à son sang. De la robe de Judith, d’un noir de jais profond, émane une lumière qui la nimbe tout comme son voile sombre. «Toutes deux sortirent du camp, comme elles avaient coutume de le faire pour aller prier. Une fois le camp traversé, elles contournèrent le ravin, gravirent la pente de Béthulie et parvinrent aux portes», où elles livrèrent la tête de l’ennemi pour être exposée sur les murailles de la cité.

Le Caravage - Judith et Holopherne
Thursday 27 June 2019 - 18:00 (CEST)
1 place Dupuy - 31000 Toulouse
Marc Labarbe
Gazette Drouot
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