À Séoul, la KIAF fait de la résistance

On 29 September 2017, by Pierre Naquin

Alors que les bombardiers américains survolaient la péninsule, signal destiné à la Corée du Nord, Séoul célébrait, elle, l’art contemporain. Retour sur une édition quelque peu particulière…

Yasuhiro Fujiwara (né en 1968), Mountain in between, 2014.
COURTESY GALERIE MORI YU (KYOTO) ET KIAF

La KIAF est, avec la Biennale de Busan, la vitrine de la Corée du Sud pour l’art contemporain. Cinq jours d’une énergie folle à célébrer la création et à placer les artistes coréens sur la scène mondiale de cette étrange «industrie». Sauf que… cette année, l’imprévisible président des Etats-Unis d’Amérique prononçait son premier discours à l’ONU. Un speech, on l’a vu, tout en subtilité, finesse et bienveillance… Résultat : le lendemain, la foire coréenne ouvrait sous tension. Uli Sigg, collectionneur renommé à l’humour helvète, nous confiait d’ailleurs quelques jours avant son départ : «Je me rends en Corée, du moins si le pays existe encore… » Ambiance ! L’édition 2016 avait pourtant été un franc succès. De nombreuses ventes. Des exposants ravis. Tout se présentait au mieux pour cette rentrée 2017. D’ailleurs, la nouvelle direction menée par la galeriste Lee Hwaik, qui prenait ses fonctions avait vu les choses en grand : sélection renforcée (fini les associations d’artistes), communication internationale, services VIP dignes des meilleures foires européennes, etc. Treize pays représentés. 167 galeries internationales, 5 000 œuvres de premier plan. Voilà pour les chiffres. La KIAF ouvrait au top. Et les Français voyageaient volontiers en Corée. Pas moins de huit galeries estampillées «Paris » étaient présentes sur la foire, de Perrotin (nouvellement local, certes), à l’ambitieux RX en passant par les soutiens de la péninsule en France : Livinec et Lebon. C’est bien simple, hors Corée, la Ville lumière était la plus représentée, même devant les «régionaux» : Japon, Chine ou Singapour. Cocorico !
Des galeristes satisfaits dans l’ensemble
«Cocorico» également à l’ambassade de France à Séoul, qui organisait une soirée en l’honneur de nos artistes nationaux. Un pince-fesse «efficace», nous confiait une galeriste. «D’autant que plusieurs curateurs de nos musées nationaux avaient fait le voyage, se montrant très satisfaits de l’ambition des organisateurs.»  «Cocorico», enfin, pour nos artistes qui étaient fort prisés même chez les marchands locaux. Ainsi, la galerie 313 Art Project (Séoul) présentait et vendait du Daniel Buren et du Xavier Veilhan plus facilement qu’un Jérôme Sans sous stéroïde. Globalement, les galeries françaises ont bien tiré leur épingle du jeu. Les œuvres poétiques de Lee Jin Woo trouvaient rapidement preneur sur le stand de Maria Lund. À l’opposé, Artworks Paris Séoul vendait plusieurs toiles du très criard Hur Kyung-Ae  dont les tableaux «fluos» ont envahi les foires internationales ces dernières années  entre 3 000 et 15 000 $. Françoise Livinec nous avouait, quant à elle, avoir vendu sept pièces (entre 7 000 et 25 000 €) des Coréens Kim Keun-tai et Jang Kwang-bum… mais à des collectionneurs qu’elle connaissait déjà. «Beaucoup de nouveaux contacts néanmoins. À confirmer.»
Nouvelles sections
Les grandes galeries coréennes (Hakgojae, Kukje, PKM, Hyundai, Gana, Arario, etc.) ont également tiré avantage de présentations tournées autour du dansaekhwa, dont l’aura est toujours aussi forte. Le mélange entre esthétiques occidentale et coréenne demeure, année après année, l’une des vraies forces de la KIAF. La foire inaugurait cette année deux nouvelles sections, dédiées aux jeunes galeries et aux présentations plus ambitieuses, Highlights et Solo. Ces stands, fortement subventionnés, ont connu des fortunes diverses ; soit ça passe, soit ça casse. Et ça s’est plutôt bien passé pour Choi & Lager (Cologne), qui réalisait un sold out de son artiste anglais Matthew Stone. Ce n’était pas véritablement une surprise ; nos deux galeristes avaient déjà tout vendu lors du solo show qu’ils lui avaient consacré cet été dans leur antenne coréenne. Venus de Bruxelles, Minyoung Lee et Gil Bauwens d’Art’Loft faisaient la tête : chou blanc. Dur pour une première participation.
VIP et amateurs éclairés
De nombreux VIP, journalistes et curateurs avaient fait le déplacement, à la plus grande satisfaction des exposants. Cerise sur le gâteau, les «coûts» de ces derniers ont été financés par le gouvernement (à travers le KAMS, Korean Arts Management Service, entité rattachée au ministère de la Culture chargé de la promotion de la création coréenne). 200 VIP ont ainsi voyagé, logé, nourri et visité aux frais de l’ex-Princesse Park Geun-hye. Les amateurs qui avaient fait le déplacement étaient satisfaits. Le collectionneur français Sylvain Lévy nous avouait «aimer de plus en plus le pays ; son obsession pour l’innovation et la technologie ; son écosystème de l’art très mature avec musées, galeries, collectionneurs, artistes ; sa légèreté ; etc.» Richard Chang, le numéro 52 du Top 100 Art Review était également de la partie, visiblement pressé mais intéressé. Uli Sigg finalement arrivé à bon port met des mots sur un sentiment général : un niveau de vente, un nombre de visiteurs et surtout un enthousiasme globalement en baisse. La faute à un mauvais timing géopolitique ? Peut-être… La rumeur courait que certains VIP avaient annulé leur voyage au dernier moment. Alors, que retenir de cette édition 2017 de la KIAF ? Une foire qui se tient. Une très belle sélection de galeries. Des stands tous de bonne qualité. Une organisation solide. Des VIP locaux et internationaux. De nombreux événements parallèles… Mais un sentiment diffus de rendez-vous manqué. Un événement qui devait être génial et qui se révèle juste «bien». Dommage.

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