À Miami, rien n’atteint ABMB

On 17 December 2019, by La Gazette Drouot

Sur Art Basel Miami Beach, les transactions au sein des stands ont été particulièrement actives. Ces quelques jours de début décembre montrent encore une fois que les Américains restent les plus investis dans le marché de l’art contemporain.

Stand Document sur Art Basel Miami Beach 2019.
© Art Basel

Sur Art Basel Miami Beach (ABMB), même les bananes partent comme des petits pains. Si Comedian, de Maurizio Cattelan, a créé le buzz en étant vendue plusieurs fois au prix de 120 000 $, nombre de galeries se félicitent d’avoir tout écoulé. «Nous avons vendu le contenu entier de notre stand très tôt, notamment plusieurs œuvres d’Ebony G. Patterson à 65 000 $ chacune, et de David Antonio Cruz, dont le travail était intégré au spectacle de Mickalene Thomas au Bass Museum», se réjouit Monique Meloche, de la galerie du même nom, à Chicago. «Nous n’avons jamais connu un succès comparable à cette année sur Art Basel Miami Beach. Nous avons vendu 48 œuvres au cours des seuls trois premiers jours, dont trois sculptures en bronze à grande échelle de Woody De Othello pour 175 000 $ pièce», continue Jessica Silverman, dont la galerie est basée à San Francisco. Un des joyaux de la semaine était sûrement la peinture de Carmen Herrera Quartet (1961), cédée pour 2,5 M$ à une collection privée de la côte Ouest. «Cette œuvre composée de quatre toiles avec un cadre fait main par l’artiste a peu d’équivalents, le plus proche faisant partie de la collection permanente du MoMA. Nous avons été ravis de pouvoir l’apporter à Miami et de la vendre dans la première heure du salon», raconte, tout sourire, Alex Logsdail, de la Lisson Gallery (Londres). On le comprend, puisqu’il plaçait également une installation photographique de Cory Arcangel (autour de 700 000 €) à une institution allemande, ainsi qu’un Tony Cragg (440 000 $) et un Anish Kapoor (625 000 $). Au total, plus de 6,3 M$ entraient dans les caisses de la galerie ! Thaddaeus Ropac cédait également un Cragg, mais à «seulement» 260 000 €. C’était Georg Baselitz (avec un total de 4,9 M€) qui, à travers notamment une peinture de 2011 (Herdoktorfreud Grüßgott Herbootsmann, 1 M€) et une sculpture de la même année (Sing Sang Zero, 3,5 M€), assurait le succès de son stand (près de 10 M€).
Plus d’Américains, moins d’Européens
Si les ventes étaient au rendez-vous, le public était un peu différent cette année. Absence de collectionneurs importants européens, stands peu remplis pour certains… les marchands sont mitigés quant aux visiteurs de la foire. «Les journées de preview semblaient beaucoup moins fréquentées que les années précédentes, et nous avons senti que beaucoup de collectionneurs que nous voyons traditionnellement sur New York ou en Europe n’avaient pas fait le déplacement», se plaint Nina Fellmann, de la galerie Annely Juda Fine Art, installée à Londres. «Nous avons rencontré quelques nouveaux clients, mais en général, cela semblait un peu plat.» Mary-Anne Martin (New York) était elle aussi un peu déçue du public. «Ceux qui manquaient surtout selon moi, c’étaient les conservateurs de musées. Il y en a eu, mais pas autant que dans le passé. Pour nous, leur présence est importante, car si la jeune génération de collectionneurs semble surtout attirée par un art contemporain globalisé, les conservateurs renouent avec la création d’après-guerre d’autres parties du monde, notamment l’Amérique latine, que nous représentons.» Avoir des visiteurs aux intérêts complémentaires en somme. «Soutenir une plus grande variété de production est un important service que la foire pourrait rendre au monde de l’art», juge celle qui était par ailleurs membre du comité de sélection d’ABMB pendant dix ans. «Nous avons rencontré beaucoup de collectionneurs : américains et asiatiques essentiellement», ajoute Julie Senden, de Rodolphe Janssen (Bruxelles). La galerie était particulièrement heureuse de ses transactions : cinq tableaux et sculptures de Thomas Lerooy, cédés entre 25 et 32 000 $ chacun, une Bétonnière, de Wim Delvoye, partie à 150 000 $, huit peintures de la jeune artiste suisse Louisa Gagliardi (entre 6 000 et 15 000 $), et l’installation complète de Sanam Khatibi (60 000 $). «La plupart des collectionneurs sont déjà venus ici une fois et, avec toutes les foires qui se tiennent au cours de l’année, il est certainement temps pour eux de faire une pause», suggère Victor Gisler, de la galerie Mai 36, pour expliquer l’absence d’acheteurs européens. «La croissance constante du nombre de visiteurs d’origine latino-américaine est en revanche évidente. ABMB devient de plus en plus la plateforme du marché de l’art contemporain d’Amérique du Nord et du Sud. J’ai aussi remarqué un développement plus local, avec des visiteurs de la grande région de Floride plus nombreux», ajoute-t-il. Le marchand présentait, en conséquence, principalement des œuvres américano-centrées d’artistes tels que Baldessari, Mapplethorpe, Mendes Blake, Mullican, McBride, Nauman et Weiner, sans préciser toutefois le nombre de ses ventes. «Je m’attendais à un peu plus», glisse-t-il finalement.
Un nouveau souffle
Pour sa dix-huitième édition, l’initiative Meridians a été saluée par de nombreux acteurs. Ce nouvel espace de plus de 5 000 mètres carrés, dédié aux œuvres monumentales, dévoilait une trentaine de projets d’une autre envergure : soit une moyenne de 150  mètres carrés par pièce. Les galeristes se montraient unanimement satisfaits de l’initiative, saluant «un espace joliment curaté», même si certains trouvaient que «cela pouvait détourner l’attention des acheteurs avec des airs de présentations non commerciales.» Parmi les installations monumentales, on retrouvait le travail de Laure Prouvost autour du thème de l’agence de voyages, avec Deep Travel Inc. «Ses œuvres ont été très bien reçues par le public», juge Alex Logsdail, de la galerie Lisson, qui la représente. Deux peintures de l’artiste étaient vendues pour l’occasion à 32 000 € chacune. L’expérience Meridians sera renouvelée l’année prochaine. «L’introduction d’éléments comme celui-ci maintient tout le monde sur le qui-vive et apporte un certain renouveau à la foire», estime Franklin Parrasch, de New York, qui a été particulièrement satisfait de ses ventes cette année. Parmi celles-ci, une nouvelle grande peinture de Joan Snyder pour 120 000 $, un groupe de sculptures cubiques récentes de Peter Alexander, une sculpture de la fin des années 1990 de Ken Price pour 300 000 $ et un dessin à la main, du début des années 1990, de Bruce Nauman, à 160 000 $. Le vent frais apporté par Meridians est aussi soutenu par la présence de plusieurs galeries relativement jeunes. Une réduction de 20 % était appliquée sur les espaces des jeunes exposants d’avant-garde. Une dizaine de galeries comme la tchèque Hunt Kastner, la new-yorkaise Karma ou la parisienne High Art ont pu bénéficier de ce discount. «S’ouvrir aux jeunes permet le renouvellement de la foire et l’adaptation au marché», analyse Thomas Schulte, de la galerie berlinoise du même nom. «Je suis heureux que la relève puisse bénéficier de ces aides», poursuit-il. Il ne détaille pas plus ses ventes mais en cite plusieurs au-delà de 90 000 $ et cinq au-dessus de 50 000 $. Nouvelles opportunités, expérimentations… et réflexions. Pour Victor Gisler, l’«événement Cattelan» – à coup sûr ce que tout le monde retiendra de cette édition – montre clairement «qu’il y a encore beaucoup de choses à tenter, [et que] les artistes et les galeries ont effectivement compris comment utiliser une foire internationale pour soutenir leur promotion dans les médias et les réseaux sociaux.» Pour d’autres analyses sur le développement du monde des galeries, on le retrouvera en ouverture de Talking Galleries en janvier.

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