À la pointe du scalpel

On 25 January 2018, by Caroline Legrand

Vésale a fait entrer la médecine dans l’ère de la modernité grâce à ses dissections. Son fabuleux De humani corporis fabrica ne pouvait laisser indifférent un collectionneur tel Éric Gruaz, Anatomie d’un succès bientôt à Lyon.

André Vésale (1514/1515-1564), De humani corporis fabrica, Bâle, Jean Oporin, 1555, un volume in-folio, 824 pp. ; pleine reliure ancienne du début XVIIe en veau brun.
Estimation : 8 000/15 000 €

André Vésale a non seulement révolutionné la médecine, mais aussi toute la conception du corps humain. Rien d’étonnant à retrouver un exemplaire de la deuxième édition de son grand traité, De humani corporis fabrica, dans la bibliothèque d’Éric Gruaz (1924-1998). Ce collectionneur, à la tête d’une entreprise familiale de pyrotechnie, a déjà fait parler de lui du côté de l’Hôtel Drouot les 27 et 28 avril 2017, lors de la première partie de la dispersion de sa bibliothèque (voir Gazette 2017, n° 15, page 12, et n° 19, page 102). Si cet opus était largement consacré à l’alchimie, la magie et l’occultisme, le second, qui aura lieu les 31 janvier et 1er février à Lyon, non loin du château des Gruaz à Caluire, proposera des thèmes plus classiques comme les sciences, l’histoire ou les voyages.
Médecin de Charles Quint
André Vésale n’avait rien d’un médecin ordinaire. À une époque où l’homme est encore considéré comme un simple élément régi par l’Univers et par Dieu, il va se concentrer sur le corps humain afin d’en révéler le fonctionnement interne. La dissection, pratiquée dans l’Antiquité par les médecins de l’école d’Alexandrie, a été remise au goût du jour dès le XIIIe à l’université de Bologne. Mais c’est André Vésale, trois siècles plus tard, qui va révolutionner sa pratique. S’il s’agissait au départ de confirmer les ouvrages de référence comme celui de Galien, célèbre médecin grec exerçant à Rome qui ne disséquait que des animaux, Vésale entend dépasser le savoir livresque et prône l’importance du geste dans la médecine. Or, les dissections sont encore très réglementées par l’Église. Rares aussi bien dans les théâtres anatomiques que dans les universités, elles ne se pratiquent que sur des condamnés ou des dépouilles non réclamées. À cause de ces réticences morales, les corps viennent souvent à manquer. Les médecins vont même jusqu’à voler des cadavres sur les gibets ou à les déterrer dans les cimetières. Le marché noir durera jusqu’au XIXe siècle. Issu d’une famille de médecins flamands, André Vésale passa son enfance à Bruxelles, non loin de la colline du Galgenberg, lieu funestement célèbre pour accueillir la potence. Le jeune garçon vit ainsi durant son enfance de nombreux cadavres, une vision qui, au lieu de l’effrayer, suscita sa curiosité et sa vocation. Il effectua ses études à Louvain, puis à Paris. Mais rapidement Vésale se sent frustré par cet enseignement dépassé, même les rares dissections auxquelles il assiste restent trop superficielles. Il décide alors d’aller ramasser des ossements au cimetière des Innocents, afin de commencer ses propres études anatomiques comparatives. Désireux de plus de précision, il obtient de les réaliser lui-même, nommant désormais muscles et organes. Il poursuit dans cette voie à partir de 1537 à l’université de Padoue, pionnière en médecine. Son travail aboutira en 1543, avec la publication de De humani corporis fabrica à Bâle. Un ouvrage qui lui valut le poste de médecin de Charles Quint et qui bouleversera durablement les sciences avec de nombreuses nouveautés anatomiques, mais aussi au travers de ses quelque trois cents illustrations d’un réalisme saisissant, exécutées par un artiste de l’entourage du Titien, sans doute le flamand Jan Stefan Van Calcar. Les écorchés d’André Vésale évoluent dans de véritables paysages, tout comme nous.

Thursday 01 February 2018 - 14:30 - Live
Lyon - Hôtel des ventes, 70, rue Vendôme - 69006
De Baecque et Associés , Binoche et Giquello
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