À la conquête du monde avec Van Linschoten

On 23 July 2020, by Philippe Dufour

Pour fêter sa 25e édition, le rendez-vous de Montignac nous fait voyager grâce à des ouvrages exceptionnels. Parmi ce florilège, voici l’œuvre considérée en son temps comme l’une des plus importantes contributions à la connaissance des Indes orientales et occidentales.

Histoire de la navigation de Jean Hugues de Linschott Hollandais aux Indes orientales Le Grand Routier de mer Description de l’Amérique et des parties d’icelle, comme de la Nouvelle France, Floride, des Antilles, Iucaya, Cuba, Iamaica, &c, Amsterdam, Evert Cloppenburch, 1638, trois parties en un volume petit in-folio. Vente du vendredi 21 août.
Estimation : 10 000/ 15 000 

Sur les planches de l’ouvrage, paru en 1638, s’étalent les us et coutumes des habitants de Goa, alors place forte de la côte ouest de l’Inde, aux mains des Portugais. Les plus émoustillantes, pour le lecteur du début du XVIIe siècle, s’avéraient sans doute les descriptions des lieux de culte autochtones. Répartis pour moitié entre temples hindouistes et mosquées, les édifices sacrés sont montrés dans toute leur étrangeté, avec, pour les premiers, la présence incontournable des statues de divinités à plusieurs bras et l’adoration des vaches. D’autres illustrations évoquent aussi des usages heurtant les mentalités occidentales, notamment le suicide des épouses sur le bûcher de leur mari décédé… À qui doit-on cette fascinante relation de voyage ? Au Hollandais Jan Huygen van Linschoten (1563-1611), dont le portrait en gentilhomme – barbe taillée en pointe, pourpoint et fraise – apparaît dans les premières pages du livre. L’homme est demeuré dans les annales comme  l’un des plus grands navigateurs de la fin du XVIe siècle. Mais son histoire est surtout représentative de la géopolitique changeante du temps : bien que né à Haarlem, il se met d’abord au service de l’empire commercial portugais. Van Linschoten va alors suivre le nouvel archevêque de Goa, João Vicente da Fonseca, dans sa mission pastorale ; engagé comme secrétaire, il embarque à Lisbonne en avril 1585, pour un voyage de cinq mois avec escales à Madère, en Guinée, au Mozambique et à Madagascar.
Le premier manuel du marin
En Inde, Jan Huygen van Linschoten commence à tenir un journal. Plus discrètement, il se met aussi à recopier les précieuses cartes détenues par les Portugais, et concernant leurs voies maritimes. De retour en Europe, l’aventurier décide de s'engager auprès de ses compatriotes, des Hollandais qui ne tardent pas à s’emparer de deux des quatre places fortes lusitaniennes de l’Asie du Sud-Est (Bornéo et Malaca)… Van Linschoten ne s’arrêtera pas là, voyageant également sur l’océan Atlantique puisqu’on le retrouve plus tard au Brésil et dans les Caraïbes. Enfin, il se joint à une expédition qui sous les ordres de Barents tente, en vain, de se rendre en Chine en trouvant un passage par les mers du Nord. Il faudra néanmoins attendre 1596 pour que paraisse à Amsterdam, chez Cornelis Claesz, la première – et rarissime – édition hollandaise de son Histoire de la navigation, où l’intrépide voyageur rapporte non seulement ses souvenirs, mais livre aussi une cartographie précise de différentes parties du globe. Les illustrations de l’ouvrage ont été dessinées par l’auteur lui-même et gravées par Joannes et Baptista van Doetecom. En 1610 sort la première édition française ; et c’est bien celle-ci (soit la troisième) qui est la plus complète, augmentée même des annotations du médecin Paludanus. Une somme de savoirs très vite plébiscitée, en raison du Grand routier de mer : durant près d’un siècle, chaque expédition en recevra un exemplaire à titre d’instruction nautique !

Friday 21 August 2020 - 14:30 - Live
Montignac-Lascaux - Salle des fêtes, place Élie-Lacoste - 24290
Pastaud
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