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Un Jacques Majorelle d’or et d’ébène

Published on , by Vanessa Schmitz-Grucker

La série des siestes lascives fait partie des grands succès de Jacques __TexteRechercheEnGrasMajorelleTexteRechercheEnGras__. Cet amoureux du Maroc se livre à l’exercice périlleux de la peau noire, exhibée sans artifices orientalistes.

Jacques Majorelle (1886-1962), Les Amies endormies, vers 1933-1934, détrempe, technique... Un Jacques Majorelle d’or et d’ébène
Jacques Majorelle (1886-1962), Les Amies endormies, vers 1933-1934, détrempe, technique mixte sur papier noir, contrecollé sur panneau d’Isorel à rehauts de poudre métallique or, 82 108 cm.
Estimation : 2,6/3,6 MMAD (env. 240 000/340 000 €)

Le thème est d’autant plus inattendu pour ses contemporains que Majorelle a assis sa réputation sur ses paysages orientalistes. Si les mythes de l’Afrique séduisent l’époque, si à Paris, « l’art nègre » fait des émules avec le succès fulgurant de Joséphine Baker et du jazz, ces poses impudiques de femmes noires sont peu répandues sous le pinceau des artistes. À Marrakech, les jeunes servantes autrefois amenées de Tombouctou fascinent Majorelle. Sur les sofas de sa luxueuse villa-atelier ou dans ses jardins luxuriants, il fait poser des femmes noires dévêtues pour une série qui l’occupera entre 1933 et 1935. La consécration ne tarde pas : en novembre 1934 à la galerie Charpentier à Paris, Jacques Majorelle présente 115 tableaux dont 95 rendent hommage à la beauté de ses peaux d’ébène. Les Amies endormies connaîtront quant à elles leur heure de gloire à l’Exposition artistique annuelle de l’Afrique française en 1935. La pose peu naturelle et contorsionnée des deux protagonistes laisse à penser que leur sommeil est feint. L’artiste cherche de toute évidence à susciter fantasmes et désirs chez son public occidental. Le sujet est ici un formidable prétexte à l’innovation plastique : des rehauts métalliques d’or – parfois aussi d’argent et de bronze – viennent sublimer l’éclat sombre des corps. En 2014, à Paris, lors de la dispersion de la collection Félix Marcilhac par Sotheby’s, une autre version des deux amies faisait grimper la cote des nus de l’artiste en partant pour 481 500 €, un record en salle, encore à ce jour, pour la série. Notre œuvre est d’ailleurs reproduite dans Jacques Majorelle, l’ouvrage de Félix et Amélie Marcilhac, publié chez Norma Éditions en 2019. L’éclat des peaux foncées sur la blancheur des draps magnifiquement rehaussés de couleurs évoquant l’Orient ne pouvait pas laisser de marbre son biographe, qui livre également un certificat d’authenticité joint au tableau. 

Agenda

Trois noms sont très attendus pour cette vente marocaine, à commencer par Étienne Dinet et trois huiles sur toile : Une place à Bou-Saâda de 1894 (1,8/2,5 MAD, soit env. 170 000/240 000 €), La Marche silencieuse (La Procession), vers 1917 (1,5/2 MAD) et Repos à l'ombre, Bou-Saada de 1888 (1,8/2,5 MAD). Deux amies endormies (2,6/3,6 MAD)sont issues de la série des nus féminins noirs sur laquelle Jacques Majorelle travailla entre 1933 et 1935. Plus contemporain, Mohamed Melehi (1936-2020), Flamme, un acrylique sur toile de 1969 estimé 1,5/2,5 MAD. Notons encore un Campement nomade, de 1879 par Eugène Girardet qui, au vu des derniers résultats de l'artiste en salle, pourrait dépasser son estimation de 500 000/700 000 MAD. 

Saturday 28 May 2022 - 17:00 (CEST)
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