Un désordre savamment organisé par Jacob Jordaens

On 22 October 2020, by Claire Papon

Réalisée vers 1660, cette toile met en scène un sujet tiré d’un passage des Actes des Apôtres, réalisé à plusieurs reprises par Jacob Jordaens et dont l’iconographie était alors très populaire.

Jacob Jordaens (1593-1678), Saint Paul et saint Barnabé à Lystre, huile sur toile, 115 136 cm.
Estimation : 50 000/70 000 

À leur départ d’Antioche pour évangéliser l’Anatolie, saint Paul et saint Barnabé ne rencontrent que des populations juives. Arrivés à Lystre un an plus tard, ils se heurtent à des habitants totalement païens. Après la guérison miraculeuse d’un homme handicapé, ceux-ci identifient Barnabé à Zeus et Paul à Hermès. Pour leur faire honneur, la foule amène des taureaux et s’apprête à les sacrifier. Les deux apôtres s’y opposent, exhortant l’assistance à oublier leurs superstitions et à adorer le dieu unique. D’autres versions, de la main de Jordaens, sont conservées notamment au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg et à celui des Beaux-Arts de Bruxelles. Réorganisant à chaque fois la composition, le peintre garde quelques motifs récurrents – le serviteur au corps désarticulé et au dos musclé, la femme à la fenêtre, les hommes serrant les fûts des colonnes, le chien aboyant. Autant de détails qui rendent la scène vraisemblable. Jordaens choisit ici la fin du jour, dont témoignent le fond gris bleuté réchauffé d’arcs lumineux et les flammes du feu de l’autel. Les personnages sont peints dans une gamme de rouge, blanc et or s’estompant dans la tunique jaune pâle de Paul, tandis que les détails archéologiques et les costumes des prêtres sont inspirés de gravures de monuments romains et de scènes antiques de Rubens. Proche des milieux calvinistes tout en continuant à recevoir des commandes pour des églises flamandes, Jordaens privilégia ces épisodes de conversion et de révélation de la «vraie religion», destinés aux clientèles tant catholiques que protestantes. Conservée dans différentes collections bruxelloises, notre toile a rejoint Paris en 1999, après avoir été prêtée pour des expositions, la dernière fois au musée de la Cour d’or à Metz pour «La réalité magnifiée, peinture flamande 1550-1700». De cette même collection, une Adoration
des Mages
(crayon noir, plume et encre brune, lavis brun et rehaut d’huile blanche, 52 65 cm), due à Jordaens et son atelier et dont la version définitive appartient au musée des beaux-arts de Cherbourg, est estimée 20 000/30 000 €.

Friday 30 October 2020 - 13:30 - Live
Salle 2 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
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