Trésor numismatique d'une collection

On 01 July 2020, by Claire Papon

«La parole est d’argent, le silence est d’or», dit l’adage. Pas sûr toutefois qu’il soit respecté ici, alors que quelques belles batailles d’enchères devraient ponctuer l’après-midi.

Médaillon de 4,5 solidi en or, Trèves (376-378), poids 20 g. diam. 3,9 cm.
Estimation : 50 000/70 000 

«Superbe», «d’une insigne rareté et de toute beauté», «remarquable portrait», «atelier recherché», «brillant de frappe»… les qualificatifs se suivent et se ressemblent au fil du catalogue. Ces monnaies ont été réunies des années 1900 au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et sont conservées depuis dans la famille, non sans être passées pour beaucoup d’entre elles entre les mains d’experts et de marchands numismates réputés – Florange, Bourgey, Ratto ou Platt. La plus haute marche du podium est promise à un médaillon de 4,5 solidi, frappé à Trèves au IVe siècle par l’atelier Trobs. C’est le cinquième exemplaire connu de cette pièce à l’effigie de l’empereur Valens portant diadème sur une face, ornée d’une femme casquée assise sur un trône, un globe dans la main droite, un sceptre dans la gauche, symbolisant Rome, au revers. En 367, Valens, à qui son frère Valentinien Ier a confié le gouvernement de la partie orientale de l’Empire, avec Constantinople pour capitale, traverse le Danube et lutte contre les Wisigoths, puis les Ostrogoths. Ne pouvant empêcher ces derniers d’entrer en Thrace, il leur livre le 9 août 378 la désastreuse bataille d’Andrinopole, où il trouve la mort. Ce type de pièces était destiné aux officiers supérieurs, aux préfets, aux religieux et aux proches de l’empereur. Des exemplaires similaires au nôtre appartiennent à la Bibliothèque nationale de France et au musée du Capitole, à Rome. L’autre fleuron de la dispersion est une lourde médaille célébrant l’avènement du jeune Louis XIV en 1643 (40 000/60 000 €, voir notre couverture et article page 6). Les exemplaires en or – à la différence de ceux en argent ou en bronze – sont rarissimes car tous ou presque ont été fondus au fil des siècles pour financer les guerres ou payer les tributs, quand ils n’ont pas été transformés en bijoux. Parmi les autres raretés, on surveillera un triple ducat d’or de la république de Strasbourg milieu XVIIe (8 000/12 000 €), une médaille exécutée par Jan Höhn en 1670 pour le mariage du roi de Pologne Michal Korybut Wisniowiecki (1640-1673) avec la fille de l’empereur du Saint-Empire romain germanique Ferdinand III, Éléonore de Habsbourg (5 000/7 000 €).

 

Pas moins de 30 000/40 000 € sont espérés de cette pièce de dix ducats d’or (34,51 g) ciselée d’un cavalier chargeant, sabre au clair, et
Pas moins de 30 000/40 000 € sont espérés de cette pièce de dix ducats d’or (34,51 g) ciselée d’un cavalier chargeant, sabre au clair, et d’un écu couronné tenu par deux lions. Comprenez les armes des Pays-Bas. Frappée en 1687 et parfaitement conservée, notre monnaie rappelle la proclamation d’indépendance, du 15 juillet 1581 à 1795 (date de la création de la République batave) de sept provinces réunies en un état fédéral : Hollande, Zélande, Overijssel, Frise, Groningue, Gueldre et Utrecht.
Un tel retour valait bien une médaille… en or qui plus est ! Le dimanche 24 avril 1814, à Calais, en début d’après-midi Louis XVIII débarq
Un tel retour valait bien une médaille… en or qui plus est ! Le dimanche 24 avril 1814, à Calais, en début d’après-midi Louis XVIII débarquait du navire Royal Sovereign en provenance de Douvres. Se dressant sur le port, une colonne de granit, portant sur une plaque de bronze l’empreinte du pas princier, commémore cet événement. Notre médaille est ornée, à l’avers, du profil tête nue et cheveux longs retombant en boucles, et au revers d’une femme drapée à l’antique s’élançant les bras ouverts au-devant d’un bateau voguant vers le rivage, œuvres des graveurs Andrieu et Brenet. Comptez 4 000/6 000 € pour ces 63 g d’or…
«Un grand homme peut être issu d’une petite chaumière», se plaisait à rappeler Carl Linnaeus (1707-1778), dont le père, pasteur sans fortu
«Un grand homme peut être issu d’une petite chaumière», se plaisait à rappeler Carl Linnaeus (1707-1778), dont le père, pasteur sans fortune, lui transmit sa passion de la botanique et du jardinage. Si son esprit critique se forme à la faveur d’un voyage au-delà du cercle polaire en 1732, ce sont ses travaux de naturaliste – la nomenclature binominale, c’est-à-dire l’état-civil des plantes et des animaux – qui vont faire rentrer dans l’histoire Carl von Linné. Cette médaille en or (86,94 g, 1778), ciselée de son buste et de la Nature sous les traits de Cybèle entourée des règnes minéral, végétal et animal, fut frappée pour l’université d’Uppsala, où il était professeur. Elle est espérée à 4 000/6 000 €.
Cette médaille en or (51,21 g) célèbre la fin des hostilités entre la Russie et la Prusse. Le 5 mai 1762, quatre mois après la mort de la
Cette médaille en or (51,21 g) célèbre la fin des hostilités entre la Russie et la Prusse. Le 5 mai 1762, quatre mois après la mort de la tsarine Élisabeth, Pierre III retire ses troupes du théâtre prussien et signe le traité de Saint-Pétersbourg avec Frédéric II de Prusse, dont il est un grand admirateur. En quelques mois, il se fait détester de tous ceux qui pourraient lui être favorables. Le 17 juillet (1762), il est assassiné par Alexeï Orlov, à l’instigation de son épouse, Catherine II. Notre médaille est gravée par Abramson des bustes affrontés et d’une Minerve tenant un sceptre, appuyée sur un bouclier présentant les armes de Russie, de Prusse et de Suède. Et estimée 5 000/7 000 €.



 
Thursday 09 July 2020 - 15:00 - Live
Salle 16 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Christophe Joron Derem
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