J’attendrai…

On 23 January 2020, by Caroline Legrand

Elle inspira les compositeurs, les chanteurs… et Dalida ! Rina Ketty reste comme l’une des vedettes idéales de l’entre-deux-guerres, immortalisée par les plus grands portraitistes de son temps. Parmi eux, Albert Braïtou-Sala.

Albert Braïtou-Sala (1885-1972) Portrait de Madame Rina Ketty, huile sur toile signée. 81 65 cm.
Estimation : 3 000/5 000 

J’attendrai le jour et la nuit, j’attendrai toujours ton retour»… Ce refrain, parmi d’autres, offrit à Rina Ketty la célébrité. Reprise en 1940 par Tino Rossi, puis en 1975 dans un style beaucoup plus disco par Dalida, la chanson fut également sifflotée durant la Seconde Guerre mondiale par les femmes impatientes de retrouver leurs maris prisonniers. Cesarina Picchetto – de son vrai nom – a marqué la scène de la chanson française par son élégance exotique, son accent italien, ses «r» délicieusement roulés et ses trémolos lorsqu’elle chantait des airs tristes. Venue d’une petite ville de Ligurie, elle débarque à Paris au début des années 1930. Elle y est accueillie par ses tantes installées sur la butte Montmartre. Une aubaine pour la jeune chanteuse, qui découvre émerveillée un monde totalement nouveau où se côtoient des artistes de tous horizons menant une heureuse vie de bohème. Celle qui raccourcira avantageusement son nom pour devenir Rina Ketty se produit rapidement dans les cabarets, où elle interprète des chansons poétiques, typiques de la production de l’époque, signées Yvette Guilbert, Théodore Botrel ou Gaston Couté. Mais bientôt, en 1936, elle rencontre celui qui lui apportera succès et bonheur dans sa vie tant professionnelle qu’amoureuse, l’accordéoniste Jean Vayssade. Ce dernier compose quelques-unes de ses chansons les plus célèbres, comme Tarentelle en vendanges (son premier «tube») puis Sombreros et Mantilles. Quant à J’attendrai, à l’origine écrite par Nino Rastelli, il s’agit là aussi d’une adaptation de plusieurs productions italiennes.
Un peintre à redécouvrir
Rina Ketty devient une star, passant à la télévision, à la radio et posant pour les peintres à la mode, tel Albert Braïtou-Sala comme en témoigne ce tableau provenant d’une collection particulière du nord de la France. Cet artiste mondain fit sa réputation durant l’entre-deux-guerres, en portraiturant des actrices et des chanteuses avant que les épouses d’industriels et de financiers ne s’adressent également à lui. Une véritable réussite pour le peintre né près de Tunis en 1885, arrivé en France dans la première décennie du XX
e siècle, et qui s’est formé à l’académie Julian de manière décousue faute d’argent. Sa carrière, entièrement dédiée au portrait, le vit passer d’un petit atelier du 9e arrondissement à une vaste demeure de Neuilly, où devait défiler le Tout-Paris, de la princesse de La Tour d’Auvergne à la danseuse Cléo de Mérode… Ses œuvres firent à plusieurs reprises la couverture de L’Illustration. En mai 1935, celle-ci dévoilait son portrait de madame Paul-Louis Weiller, avec la signature de Braïtou-Sala dans un phylactère : un petit raffinement de l’artiste que l’on retrouve dans notre toile, apposé sur la partition de musique, en bas à droite. Le peintre a été récemment sorti de l’oubli grâce à une rétrospective de son œuvre au musée de La Piscine, à Roubaix en 2016. Intitulée «Braïtou-Sala (1885-1972), l’élégance d’un monde en péril», elle comprenait bien sûr ce Portrait de Madame Rina Ketty.

Monday 27 January 2020 - 10:00, 14:30
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Nord Enchères