Robert Delaunay, « proto-pop »

On 17 December 2019, by Agathe Albi-Gervy
 

Robert Delaunay, pionnier du pop : telle est la position originale développée dans cet ouvrage de Pascal Rousseau. Elle vient élargir la vision dont on se contente aujourd’hui, celle d’un artiste qui joue avec la couleur dans un but purement décoratif. Pourtant, Delaunay ambitionnait de modéliser la réalité du monde moderne  la publicité, le sport, les nouveaux moyens de transport, les médias  avec l’abstraction. À partir d’un corpus documentaire et iconographique inédit, Pascal Rousseau auteur, professeur à la Sorbonne et co-commissaire de l’exposition «Robert Delaunay. De l’impressionnisme à l’abstraction» au Centre Pompidou en 1999  analyse les cultures visuelles du peintre. Un travail d’autant plus important qu’il vient combler un manque dans la bibliographie consacrée à Delaunay : après plusieurs parutions dans les années 1960 et 1970  dont l’ouvrage de Michel Hoog édité en 1976 , aucune monographie de cette ampleur n’avait été compilée. Pascal Rousseau est parvenu à développer une thèse complexe dans un livre au format séduisant et à l’iconographie particulièrement riche  on compte pas moins de 160 illustrations, soit près de la moitié de la pagination totale. Le lecteur prend plaisir à découvrir cartes postales, unes de journaux cocasses, caricatures, photographies d’époque et affiches publicitaires : autant de documents qui rendent le contexte historique et social évoqué encore plus vivant. La démonstration, bien solide, se déroule progressivement au fil d’un menu riche, dense, mais clair, où l’auteur rappelle l’incidence des activités modernes sur le mouvement et la couleur en peinture, avant de s’intéresser à trois domaines d’influence précis : la publicité, le sport couplé au spectacle, et les parcs d’attraction. En conclusion, Pascal Rousseau présente l’œuvre de Delaunay comme « proto-pop », en disant de l’artiste qu’il « anticipe clairement sur le débat abstraction moderniste/pop qui va hanter les années 1960, s’ingéniant à établir un régime d’équivalence, sinon de compétition, entre l’impact de la “peinture pure” et l’affect des objets ou des images ».

Pascal Rousseau, Robert Delaunay. L’invention du pop, éditions Hazan, 336 pages, 160 illustrations, 39,95 €.