Yves Saint Laurent. Les coulisses de la haute couture à Lyon

Le 17 décembre 2019, par Christophe Averty
Ensemble de soir (détail), collection Yves Saint Laurent haute couture de la saison automne-hiver 2000.
© Yves Saint Laurent © Sophie Carre

Sensuelles pannes de velours au tombé impérial, scintillants brocarts, érotiques voiles de cigaline qui nuancent la peau d’ombres suggestives… «La haute couture, c’est la matière», clamait Yves Saint Laurent. C’est dans l’intimité et l’intuition des tissus, dans leur attrait tactile, leur force sculpturale et leur verve chromatique que nous entraînent huit maisons lyonnaises, choisies par le couturier pour l’accompagner durant quarante saisons. Reprenant l’idée d’une rue rythmée d’enseignes, la scénographe Nathalie Crinière propose une promenade où chaque fournisseur affiche ses spécialités, des imprimés dansants des établissements Abraham aux riches soieries de Bucol, des suaves mousselines de Sfate & Combier aux enveloppants lamés or de Brochier. Ce propos rarement tenu, qui évoque la mode à travers ses techniques et ses matières, conjugue plaisir et sensation, égrenant vingt-cinq modèles, dont certains présentés pour la première fois (telle cette robe noire portée par Romy Schneider pour l’avant-première des Choses de la vie de Claude Sautet en 1970, dont le décolleté transparent fit scandale). Aussi, dans un jeu de répons et d’inspirations complices entre le créateur et ses collaborateurs, l’exposition souligne l’exigence et la rigueur des ateliers de dessin textile qui, un an avant chaque défilé, en concevaient les tissus. Et révèle, au-delà de l’historique de chaque vêtement, le processus créatif d’un maître qui, dans son enfance oranaise, reproduisait les motifs d’imprimés sur des figurines de papier découpé, apposant au dos de ces paper dolls les noms de ses futurs fournisseurs. D’échantillons de tissus en fiches de manutention, de planches de collection en pancartes d’atelier, jusqu’aux Polaroid des modèles pris pendant les défilés, l’envers de la couture ne cache rien du soin, tendre et poétique, qu’Yves Saint Laurent portait à son médium, exploré et connu dans tous ses possibles. Ici, le glamour s’ancre dans la réalité des savoir-faire des tisseurs et soyeux lyonnais. Et, telle est probablement sa force, le mythe reste intact.

Musée des Tissus,
34, rue de la Charité, Lyon, tél. : 04 78 38 42 00.
Jusqu’au 8 mars 2020.
www.museedestissus.fr
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