Yves Klein, l’atelier immatériel au Centre Pompidou-Metz

Le 15 septembre 2020, par Virginie Chuimer-Layen

Célébrant son dixième anniversaire, le Centre Pompidou-Metz nous plonge dans une exposition d’envergure révélant un univers utopique immatériel, à travers les œuvres d’Yves Klein et de ses contemporains.

Charles Wilp (1932-2005), Yves Klein travaillant à l’Opéra-Théâtre de Gelsenkirchen, 1958.
© Succession Yves Klein c/o, Adagp Paris 2020

Depuis 2019, la figure emblématique du nouveau réalisme semble en France très tendance. À coups de rétrospectives ou d’expositions thématiques, des institutions comme le musée Soulages ou la Laiterie du Domaine des Étangs en ont fait ou en font encore leurs choux gras. Toutefois, sous la houlette de son ancienne directrice Emma Lavigne, celle du Centre Pompidou-Metz –dernière en date –, présente son œuvre à l’aune de ses contemporains. Dans le contexte tragique d’une Europe dévastée au sortir de la guerre et d’un élan général pour « dématérialiser l’art », toute une génération d’artistes internationaux, avec qui le Niçois eut des affinités, souhaita « réinventer une nouvelle façon d’être au monde », selon la commissaire. En témoignent les œuvres de trente-quatre artistes, parmi lesquels des membres du groupe allemand ZERO, du mouvement japonais Gutaï, du groupe NUL des Pays-Bas, des spatialistes italiens, en regard avec les siennes. Le parcours se compose de neuf sections évoquant tour à tour les ruines, le corps, l’omniprésence du blanc, mais aussi les concepts « spatiaux » et « plastiques », les « architectures de l’air » et « théâtres du vide », comme leurs visions communes colorées, cosmiques et cosmogoniques. Il débute par un choc visuel entre deux toiles imposantes, Anthropophagie bleue d’Yves Le Monochrome et Le Combattant chinois Du Xing dit Face de démon de Kazuo Shiraga, membre fondateur de Gutaï, portant en elles cette même rage d’en finir avec le chaos d’un monde en désolation. À cette fureur gestuelle et chromatique succède un univers d’apaisement, de silence et d’espace infini à travers les interstices de « zones blanches », représentées notamment par la superbe toile Superficie angulaire blanche n° 6 d’Enrico Castellani, quelques Achromes de Piero Manzoni ou encore un Monochrome blanc, sans titre de notre peintre de « l’espace ». Tout au long de l’exposition à l’élégante scénographie signée Laurence Fontaine, ménageant de beaux effets, le visiteur assiste, en fait, à l’éloignement progressif des peintres du cadre rigide de la toile. En la trouant, l’entaillant, mais aussi en la brûlant, à l’image des œuvres de ces « pyromanes de l’art » – comme les peintures de feu de Klein, le Soleil brûle, réalisé au noir de fumée, d’Otto Piene, ou encore les plastiques fondus d’Alberto Burri –, ils laissent entrevoir le champ de nouvelles esthétiques : celles du « monde d’après », c’est-à-dire du vide, de l’espace aérien, de la lumière et du cosmos, ainsi que le démontre Pièce lumineuse avec mur de Mönchengladbach, brillante installation d’Otto Piene. En proposant une approche différente et contextualisée de son corpus embrassé dans un ensemble international, la présidente du palais de Tokyo, qui signe son ultime exposition à Pompidou-Metz, réalise un vrai tour de force. Sur les cimaises de la grande nef, cette exposition foisonnante et fouillée fait apparaître mille rapports entre corps et ciel, ombre, couleurs et lumière, vide, architecture utopique et infini, matière et immatériel, qui peuvent toutefois faire perdre le fil à l’amateur néophyte. Néanmoins, ces installations, toiles, photos, vidéos, dessins, maquettes, aux propos également politiques, philosophiques, environnementaux, et les dispositifs immersifs mis en place, créent un ensemble « sensible » très solide.

«Le ciel comme atelier. Yves Klein et ses contemporains»,
Centre Pompidou-Metz, 1, parvis des Droits-de-l’Homme, Metz (57), tél. 
: +33(0)3 87 15 39 39.
Jusqu’au 1er février 2021.
www.centrepompidou-metz.fr
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