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Xavier Eeckhout, galeriste spécialisé dans l’art animalier, un marché en pleine expansion

Publié le , par Stéphanie Pioda

Xavier Eeckhout est un galeriste qui s’est spécialisé dans un créneau bien précis : les artistes animaliers français, belges et suisses entre 1900 et 1950, un secteur qui peut paraître étroit mais où les découvertes sont payantes.

© Galerie Xavier Eekhout Xavier Eeckhout, galeriste spécialisé dans l’art animalier, un marché en pleine expansion
© Galerie Xavier Eekhout

Vous vous êtes spécialisé dans l’art animalier depuis 2005, un marché qui connaît une grande évolution. Comment l’expliquez-vous ?
Pendant longtemps, le bronze animalier était plutôt un objet décoratif et on n’attachait d’importance ni à la relation entre l’artiste et le fondeur, ni à la rareté d’une pièce. Après la mise à l’honneur de Rembrandt Bugatti et de François Pompon au musée d’Orsay, plusieurs expositions, comme « La beauté animale » au Grand Palais et celle sur les grandes figures de l’art animalier au musée des Années 30, en 2012, ont contribué à faire prendre conscience de leur valeur, mais aussi à apprendre à les regarder : au XIXe siècle, 99 % des bronzes sont des fontes au sable, et au XXe, 99 % sont à la cire perdue. Dans ce second cas, le moule est cassé à chaque tirage, les retouches sont faites par le sculpteur, la plupart du temps, qui a un droit de regard sur la patine ; la signature est inscrite dans la cire même… Les reliefs sont plus précis, la sculpture est plus nerveuse et les patines plus profondes, autant de points et de différences qui ont fait évoluer l’appréciation de ces bronzes considérés comme des œuvres d’art et qui ont contribué à l’essor de ce marché.
Les prix seront-ils donc différents en fonction des noms des fondeurs ?
Oui. Les œuvres que Pompon a fait fondre chez Hébrard ne sont pas aussi intéressantes que celles qu’il a réalisées à la fonderie Valsuani. Le premier édite de belles œuvres qu’il numérote sans le contrôle de l’artiste, alors que chez le second, Pompon supervise toutes les étapes, de la fonte à la patine, en passant par la ciselure. Ce sont véritablement des épreuves d’artiste.
La différence de prix est-elle importante ?
On peut la situer à environ 40/50 %, mais ce genre de pièce ne s’adresse pas au même profil de collectionneur. Pour avoir compris cette nuance, qui n’est pas flagrante à l’œil du novice, il faut être initié et seuls des collectionneurs très avertis avec un grand goût et un grand sens du détail font la différence et acceptent de payer la différence.


 

Vue de la galerie, avec quatre bronzes et une huile sur panneau de Roger Godchaux. © Studio Shapiro
Vue de la galerie, avec quatre bronzes et une huile sur panneau de Roger Godchaux.
© Studio Shapiro

Quelle a été l’évolution des prix en quinze ans ?
J’ai un exemple assez frappant : nous venons de publier le catalogue raisonné de Roger Godchaux (1878-1958) dans le cadre d’une exposition qui a été inaugurée le 16 septembre dernier. Nous y avons vendu un petit lionceau 18 000 €, contre 4 200 € en 2005. La cote de Bugatti, le plus connu des artistes animaliers, a augmenté de 50 % et un beau bronze d’une perdrix de François Pompon, qui s’échangeait à 25 000 €, s’est envolé à 100 000 €. Tous les artistes importants qui étaient collectionnés au niveau national sont devenus internationaux, et la vente de Christie’s à New York en 2019, intitulée « La ménagerie », a beaucoup joué dans ce basculement : on y trouvait par exemple des sculptures d’Édouard-Marcel Sandoz (1881-1971) et de Charles Artus (1897-1978) que les maisons anglo-saxonnes n’intégraient pas à leurs ventes car les considérant pas suffisamment importantes pour elles jusqu’alors. Depuis quatre ou cinq ans, je vends des œuvres de Pompon en Amérique du Sud, en Angleterre, en Suisse, à New York, en Californie, en Asie… D’où certains prix très soutenus, tel un groupe représentant une antilope et un zèbre de Bugatti à 400 000 € ou la Pomme de Ben de Claude et François-Xavier Lalanne adjugée 4,5 M€ chez Sotheby’s, le 4 novembre dernier, alors que j’avais eu du mal à la vendre à 300 000 € lors la Biennale des antiquaires de 2014. Le marché est devenu très soutenu pour certains artistes et beaucoup d’argent circule, ce qui est dur à faire comprendre aux amateurs, tout particulièrement ceux qui collectionnent par passion et ne peuvent plus suivre. D’autres collectionnent avec un œil financier, d’autant que ces œuvres sont très faciles à revendre.
Vous avez publié le catalogue raisonné de Godchaux. Quel était l’enjeu ?
Le but était de faire découvrir cet artiste que j’adore depuis longtemps. Le hasard a fait que j’ai rencontré son petit-fils, Jean-François Dunand, qui est collectionneur des œuvres de son grand-père – il m’en a d’ailleurs acheté – et nous nous sommes attelés ensemble à la réalisation de ce catalogue raisonné, tant il possédait toute la documentation, les écrits, les contrats, des courriers, etc. Ma collaboratrice Aurélie Pagot a énormément contribué à ce projet. C’est passionnant d’expliquer aux gens pourquoi une œuvre de Godchaux qui valait 5 000 € il y a quinze ans en vaut 25 000  aujourd’hui, ou qu’un couple de lionceaux jouant, vendu chez Cannes Enchères 30 000 € en 2016, a été adjugé 72 000 € en octobre 2021 chez Prado Falque Enchères. En replongeant dans la vie de l’artiste et en comprenant qu’il produisait des éditions très réduites, on se rend compte que c’est un artiste important qui a été trop longtemps sous-coté.
Comment expliquez-vous un tel engouement autour de cet art ?
Au-delà de la qualité de leurs œuvres, l’histoire même de ces artistes est intéressante et touche les collectionneurs. Ils étaient pour la plupart soudés, se retrouvant chaque jour à la ménagerie du Jardin des Plantes à Paris, et à Anvers pour les artistes belges tel Albéric Collin (1886-1962). Il faut savoir qu’à cette époque, en 1930, le zoo d’Anvers est le plus grand du monde et abrite la plus importante variété d’animaux. Tous étaient passionnés et aucun n’était riche. Pompon a commencé à bien gagner sa vie en 1926, et il meurt en 1933. Pour subsister, Roger Godchaux était agent de change ou retoucheur de cire chez Susse Frères ; il est mort misérablement dans le 14e arrondissement en 1958, sans avoir connu le succès. Marcel Lémar (1892-1941) s’est suicidé dans la plus grande pauvreté. Georges Guyot (1885-1973) termine également désargenté au Bateau-Lavoir, à Paris. Quant à Bugatti, son suicide a lieu très tôt, en 1916, mais il a produit énormément : on dénombre quatre ou cinq cents animaux différents en l'espace de quinze ans. La plupart de ces sculpteurs ont eu une vie triste, ce qui les rend attachants. Peut-être qu’inconsciemment les collectionneurs français leur rendent hommage sur le tard.


 

Roger Godchaux (1878-1958), Toomaï des éléphants, modèle créé vers 1930, celui-ci fondu vers 1932 , bronze signé, cachet du fondeur Susse
Roger Godchaux (1878-1958), Toomaï des éléphants, modèle créé vers 1930, celui-ci fondu vers 1932 , bronze signé, cachet du fondeur Susse Frères, 58 x 68,5 x 21 cm.
© Galerie Xavier Eeckhout

Vos collectionneurs sont-ils monomaniaques ?
Pour certains, oui. L’un d’eux ne s’intéresse qu’à Albéric Collin, il adore sa vie et son œuvre ; un autre monsieur recherche uniquement des sculptures d’éléphants, peu importe l’artiste, mais ce sont à 80 % des bronzes. Souvent, il s’agit de coups de cœur, avec un côté affectif. Ensuite, certains animaux se vendent plus facilement, ce qui est le cas des félins, des chevaux et des éléphants.
Qu’est-ce qui vous a le plus surpris dans votre parcours ?
Je dirais plutôt que ce qui me touche depuis toutes ces années, c’est la confiance que m’accordent les collectionneurs qui me suivent dans mes choix, même lorsque je leur propose des artistes qu’ils ne connaissent pas. En 2018, par exemple, nous avions présenté à la Tefaf deux très beaux canards d’Yves de Coëtlogon (1913-1973), un artiste aristocrate qui vivait dans le nord de la France, et ils nous ont suivis. Leur grande fidélité est une merveilleuse récompense.
Quels sont vos projets ?
Après ma participation à la Brafa et la Tefaf à Maastricht, j’ai prévu de présenter, au second semestre, une exposition sur les sculptrices animalières, parmi lesquelles on compte Marguerite de Bayser-Gratry, Jeanne Piffard, Jeanne Poupelet, Berthe Martinie ou Antoinette Champetier de Ribes, une jeune femme qui signait SEBIR pour ne pas être reconnue ! Leur cote est bien souvent au-dessous de 10 000 € alors que ce sont des artistes très talentueuses !

Xavier Eeckhout
en 5 dates
1999
S’installe aux Puces de Vanves comme antiquaire généraliste, tout en étant crieur à l’hôtel des ventes de Senlis
2000
Ouverture d’une galerie rue Saint-Lazare
2005
Installation dans le quartier Drouot,
rue de la Grange-Batelière, et première exposition de sculptures
2010
Première Brafa ; cinq ans après, invité
au Showcase de la Tefaf à Maastricht
2018
Rejoint la rue Jacques-Callot, en plein Saint-Germain-des-Prés
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