William Kentridge. Un poème qui n’est pas le nôtre au LaM

Le 10 mars 2020, par Virginie Chuimer-Layen
William Kentridge, Untitled, dessin pour The Head ad the Load, tondo II, 2018, fusain, crayon rouge et collage sur papier, 147,5 147,5 cm.
Photo Thys Dullaart © William Kentridge/Courtesy de l’artiste

Au LaM, le plasticien sud-africain William Kentridge est à la fête, avec une somptueuse rétrospective présentant quarante ans de création, de ses premiers dessins et décors à ses ultimes productions. Avec poésie, humour et conscience politique, l’artiste invite à percer les mystères de son atelier et de ses mondes hantés par le colonialisme, l’Apartheid, les guerres, l’histoire. Grâce à une scénographie de coulisses de théâtre, on pénètre d’emblée « dans » le dessin même. Les décors monumentaux réalisés pour la pièce Sophiatown, aux accents de jazz et de ségrégation à Johannesburg, sont aussi symboliques de la précellence du fusain, médium qu’il associera plus tard aux chants, danses, performances, objets et vidéos. Avec l’installation-vidéo 7 voyages pour Georges Méliès, voyage dans la Lune, Kentridge interroge son double, questionne la page blanche et rend hommage, avec truculence, au pionnier du cinéma. Tout au long du parcours transdisciplinaire, le visiteur prend aussi la mesure de l’horreur des conflits, du racisme, du déplacement, par l’entremise de nombreux collages, sculptures, processions et théâtres d’ombres. Enfin, avant de découvrir ses sources d’inspiration – de Goya aux constructivistes et au théâtre d’Alfred Jarry et de Jacques Lecoq – et sa production moins connue de grandes tapisseries, l’installation The Refusal of Time saisit le visiteur. Elle propose une réflexion sur la notion de temps avec une surprenante machine aux allures dadaïstes, dont le bruit se mêle aux chants, aux danses africaines et aux projections vidéo. En collaboration avec le Kunstmuseum de Bâle, cette exposition-spectacle, considérée comme une première en France, est digne de la place que mérite l’artiste au sein de l’art actuel. Elle est à voir et à revoir pour la puissance virtuose de son trait, comme l’amplitude de ses recherches qui en engendrent toujours de nouvelles.

LaM Villeneuve d’Ascq,
1, allée du musée Villeneuve d’Ascq (59), tél. 
: 03 20 19 68 68.
Jusqu’au 5 juillet 2020.
www.musee-lam.fr/fr