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Wifredo Lam et les Pole-Woods : d’un continent à l’autre

Publié le , par Caroline Legrand
Vente le 11 septembre 2022 - 13:15 (CEST) - 32, avenue Maunoury - 41000 Blois

Installé à Paris dans les années 1950, le couple américain John et Alice Pole-Woods y retrouve un autre exilé, le peintre cubain Wifredo Lam. Une histoire et des goûts communs.

Wifredo Lam (1902-1982), Sans titre, vers 1950, huile sur toile, non signée, 73 x 54 cm.... Wifredo Lam et les Pole-Woods : d’un continent à l’autre
Wifredo Lam (1902-1982), Sans titre, vers 1950, huile sur toile, non signée, 73 54 cm.
Estimation : 50 000/80 000 €. 
Adjugé : 258 
000 
© ADAGP, PARIS, 2022

Vers 1954, John et Alice Pole-Woods acquièrent cette toile directement auprès de Wifredo Lam. Le couple américain tient alors une boutique d’antiquités à Paris spécialisée dans l’art islamique, tandis que le peintre cubain vit depuis 1952 entre la France et l’Italie. Ils fréquentent les mêmes cercles artistiques et leur rencontre donne naissance à une amitié qui se prolongera durant de nombreuses années. En témoigne une riche correspondance de lettres parfois illustrées, mais aussi un dessin qu’il leur offrit : une encre et aquarelle sur papier de 1953, proposée à 3 000/4 000 €. Au-delà d’un goût pour l’art, leur passion commune pour les voyages et la découverte d’autres cultures les réunissait alors. Ainsi la vie de John Pole et de son épouse fut-elle un véritable périple, qui mena ce descendant d’une très vieille famille anglaise en Afrique, Europe et Orient, et notamment en Iran où il aurait dit-on œuvré pour les services secrets américains. Officier dans l’US Air Force, il fut également un photographe passionné. Après trente ans de vie parisienne, le couple se retire vers 1980 en Sologne, dans le petit village de Pierrefitte-sur-Sauldre. John y décédera en 2018 et Alice trois ans plus tard. Les Pole-Woods n’ayant pas eu d’enfant, une trentaine d’héritiers vivant aux États-Unis est concernée par cette succession. C’est notamment à une nièce qu’était destiné un colis précieusement confié à la voisine, proche amie du couple, dans lequel fut découvert ce tableau de Wifredo Lam. Une simple copie de l’œuvre trônait dans leur salon autour de créations, surtout des estampes, d’artistes contemporains anglais et américains. Dans les papiers du couple, une photographie montre Alice devant ce tableau dans leur appartement parisien en février 1960. Une nouvelle preuve de leur attachement à cette œuvre : celle d’un homme qui, comme eux, a effectué la traversée de l’Atlantique afin de s’installer sur le vieux continent et qui défend plus que tout autre dans son art le rapprochement entre les peuples, étant lui-même né d’un métissage, de père chinois et de mère aux origines hispano-congolaises. Wifredo Lam a affiné son style dans les années 1940 à la faveur d’un voyage dans son île natale ainsi qu’en Haïti. L’artiste, alors sous influence du cubisme et du surréalisme, renoue avec sa culture afro-cubaine. Les figures de «femmes animales» puissantes, les cornes ou encore les oiseaux, élément récurrent dans les croyances yoruba – souvent présent sur la couronne des rois et associé au dieu des herbes médicinales Osanyin –, le rapprochent de la culture des lointains ancêtres de sa mère. Un foisonnement de symboles aux lignes géométrisées, servi également par des couleurs restreintes puisant dans la terre, celle dont les pigments ornaient les masques des sorciers.
 

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