Wanted/Lost & Found. À la recherche du cubisme hongrois perdu

Le 15 juin 2021, par Virginie Huet
Imre Szobotka (1890-1961), Cour, vers 1914, huile sur toile, 60 50 cm, collection particulière.
DR

«Vu d’en haut, c’est un œuf», remarque le commissaire Gergely Barki à propos d’une pierre sous cloche, dont la forme oblongue et lisse rappelle les têtes endormies de Brancusi. Ce Canard, de l’artiste Sándor Bánszky, figure parmi les quarante-quatre originaux rassemblés à l’étage de la première exposition jamais consacrée au cubisme hongrois. Tous ont une vie abracadabrante, comme cette Femme debout en terre cuite polychrome de Joseph Csaky, perdue depuis quatre-vingt-cinq ans, cette Femme assise récemment attribuée au peintre et designer Vilmos Huszar – proche du mouvement De Stijl –, une autre Femme assise peinte celle-ci par Imre Szobotka, plus vue depuis son acquisition en Italie dans les années 1970, ou ce paysage breton brossé par Ervin Bossányi depuis un camp d’internement à Saint-Brieuc. On l’aura compris, la Grande Guerre et ses dommages collatéraux ont brisé le destin du cubisme hongrois. Pour conjurer le sort, les chercheurs Gergely Barki et Zoltán Rockenbauer ouvraient voilà dix ans une vaste enquête sur les traces de chefs-d’œuvre inconnus, le plus souvent confisqués ou vendus aux enchères pour une bouchée de pain. Près de quatre cents d’entre eux ont déjà refait surface grâce à leurs efforts conjugués. Il sera possible de les voir en 2023, à la Galerie nationale hongroise de Budapest, où une rétrospective ambitieuse s’apprête à combler les lacunes de l’histoire. Pour l’heure, à Paris, tout près de l’académie La Palette fréquentée par Csaky, Szobotka et compagnie, il s’agit d’en fournir un échantillon représentatif. Il est aussi et surtout question d’interpeller musées, galeries et collectionneurs en possession des toiles et sculptures portées disparues ou, à défaut, d’informations les concernant : ce à quoi servent les documents d’archive et simulations 3D reproduisant les égarées de Gustave Miklos, Sándor Galimberti, Valéria Dénes, Elemér Kóródy… À bon entendeur !

Institut culturel hongrois,
92, rue Bonaparte, Paris 
VIe, tél. : 01 43 26 06 44,
Jusqu’au 14 août 2021.
www.instituthongrois.fr
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