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Vitesse, une exposition qui a de l’allure à Compiègne

Publié le , par Sarah Hugounenq

À Compiègne, une exposition rend hommage aux bolides et à ceux qui, depuis le XVIIIe siècle, ont cherché à repousser les limites de la vitesse. Tout en en magnifiant l’esthétique.

© Château de Compiègne, C. Schryve Vitesse, une exposition qui a de l’allure à Compiègne
© Château de Compiègne, C. Schryve

La quête de la vitesse est consubstantielle à l’homme. Elle n’est pas que cette chose répréhensible mais liée à un élan de bonheur. » À la tête du château de Compiègne, Rodolphe Rapetti veut une exposition enjouée pour dépasser cette morne période. Dans l’espoir de voir un jour le ministère de la Culture arbitrer en faveur de son projet de réhabilitation (plus que nécessaire) du musée national de la Voiture abrité dans le palais, il poursuit la mise en valeur de sa collection aussi riche qu’insoupçonnée. Du char romain d’Henry d’Allemagne, seul exemplaire reconstitué à ce jour à partir d’éléments antiques et étudié pour l’occasion, au traîneau de Joséphine acquis l’an passé pour 212 500 € à la vente du bicentenaire de Napoléon par Osenat à Fontainebleau, le parcours fait montre de quelques pépites auxquelles s’ajoutent des prêts choisis avec soin. En forme de labyrinthe chronologique dicté par la configuration des lieux plus que par la raison, le parcours déroule un panorama des véhicules de course depuis le XVIIIe siècle et ses premiers cabriolets. Les « araignées », voitures sportives sur roues monumentales, annoncent les modernes Sulky. Les premiers vélocipèdes à vapeur dialoguent avec le vélo de José Meiffret qu’il poussa, en 1962, à la force de ses jambes, à plus de 200 km/h. Les bolides signés Ferrari, Lotus ou Talbot succèdent aux premières voitures de course comme la Renault Type C de 1893, venue d’une collection particulière milanaise. Dans la lignée de « Concept Car » en 2020, le pari était de faire entrer ces météores d’un autre temps dans les salles du château et ménager des rencontres anachroniques, voire incongrues. Ces juxtapositions tantôt drôles, comme ces portraits romains dans la salle des colonnes semblant intrigués par le compagnonnage d’une Bentley 1930, tantôt magnifiant l’œuvre, comme ce Venturi  VBB-3, fusée sur roue électrique prêtée par le bureau d’étude monégasque, atteignant le record de 487 km/h et dont les 11 mètres s’effilent à l’infini dans la longueur de la galerie de bal. « En confrontant les lieux et les objets, je veux amener le public à s’interroger sur nos critères de beauté », explique le co-commissaire, attaché à exposer la diversité de son fonds. « La vitesse est aussi un objet de représentation et cette exposition veut explorer la place de l’automobile dans les beaux-arts, et en particulier dans l’apparition des avant-gardes, grande époque de la représentation de la vitesse en réponse aux innovations mécaniques », poursuit-il. Le défi que constitue la représentation du mouvement conduit certains artistes à figurer l’homme dans le prolongement de sa machine, sorte de complémentarité organique et mariage des lignes rappelant combien cette poursuite est un défi lancé au dépassement de soi. Signé d’artistes méconnus, à l’exception de Toulouse-Lautrec, ce condensé de la production des beaux-arts du XIXe siècle – peintures, dessins et estampes – montre en creux combien la vitesse n’est pas seulement un sujet de la modernité artistique. Même le futurisme, représenté par le prêt de L’Automobile in corsa de Luigi Russolo par le Centre Pompidou, ne représente que marginalement la voiture. C’est le cinéma qui prendra le relais, comme s’attachent à le montrer les extraits de films le plus souvent oubliés, telle cette course dans Les Vampires de Louis Feuillade (1915). Mais c’est une autre histoire.

« Vitesse », musée national de la Voiture, château de Compiègne,
place du général de Gaulle, Compiègne (60), tél. 
: 03 44 38 47 00.
Jusqu’au 28 mars 2022.
www.chateaudecompiegne.fr 
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