Vincent Van Gogh à Paris, une période charnière

Le 10 mars 2021, par Anne Doridou-Heim

En mars 1886, Vincent Van Gogh arrive à Paris pour deux ans. Cent trente-cinq ans plus tard mois pour mois, une œuvre majeure de cette période essentielle et féconde réapparaît sur le marché.

Vincent Van Gogh (1853-1890), Scène de rue à Montmartre (Impasse des Deux Frères et le moulin à Poivre), 1887, huile sur toile, 46,1 61,3 cm.
Estimation : 5 000 000/8 000 000 

Attention, événement ! Cette Scène de rue à Montmartre (Impasse des Deux Frères et le moulin à Poivre), peinte au printemps 1887 et conservée depuis un siècle dans la même famille, n’a jamais été exposée. La toile inédite se situe à une charnière dans l’œuvre de Vincent Van Gogh. Un moment en gestation, entre les tonalités sombres des œuvres néerlandaises et les fulgurances tourbillonnantes de la période arlésienne. Celui d’un jeune trentenaire qui, en arrivant à Paris en mars 1886, est prêt à s’ouvrir aux avant-gardes dans cette ville où tout semble permis. Il s’installe chez son frère, Théo, directeur de la galerie Boussod, Valadon & Cie. Deux années passeront à sillonner Asnières, Clichy et la butte Montmartre, un périmètre circonscrit qui lui suffit. S’il fréquente l’atelier de Cormon un temps et y rencontre Émile Bernard et Henri de Toulouse-Lautrec, il choisit de travailler seul. La fratrie fusionnelle trouve un appartement au 54 de la rue Lepic. Vincent y pose son chevalet et ses pinceaux, peint depuis la fenêtre du quatrième étage lui offrant une vue panoramique et se promène. Montmartre, avec ses cabarets, ses moulins et son atmosphère d’ancienne commune libre, lui apparaît comme une terre bénie. Entre 1886 et février 1888, il peint depuis ces hauteurs les toits de zinc, les jardins potagers, les guinguettes et bien sûr les moulins, l’une des signatures du paysage. Ici, c’est le moulin à Poivre qu’il choisit. Moins célèbre que celui de la Galette, il sera démoli lors du percement de l’avenue Junot. La volonté de Van Gogh d’apprendre et de progresser est tenace. Son style évolue vers un néo-impressionnisme mâtiné de l’influence des estampes japonaises découvertes chez le marchand Bing, dont la boutique est à deux pas. Sa palette s’éclaircit, acceptant la lumière si particulière de Paris. L’artiste se montre fortement inspiré puisque ce ne sont pas moins de deux cents tableaux qui seront peints alors. En 1988, le musée d’Orsay avait organisé une exposition à cet intermède fécond et réussi à réunir cinquante peintures, une rare occasion de les découvrir car elles sont dispersées entre les grandes institutions internationales et quelques collectionneurs privilégiés. Le 20 juin 1888, dans une lettre à sa sœur Wilhemina, l'artiste évoquait son passage ainsi : «Auprès de cette ville-là, toutes les villes deviennent petites : Paris semble grand comme la mer. Mais on y laisse toujours un grand morceau de la vie». La réapparition de cette œuvre est une formidable occasion de retrouver son regard. Et puis, avec un Van Gogh parisien vendu à Paris, la capitale redevient une fête, et l’on ne boudera pas son plaisir !
 

Exposition à Drouot-Richelieu. Salle 9, les mardi 16, mercredi 17 et jeudi 18 mars.
jeudi 25 mars 2021 - 06:00 - Live
76, rue du Faubourg-Saint-Honoré - 76, rue du Faubourg-Saint-Honoré - 75008
Mirabaud - Mercier , Sotheby's
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