Valentina Volchkova, PACE en Helvétie

Le 05 avril 2018, par Pierre Naquin

Après avoir ouvert pour PACE un espace d’exposition à Londres, un bureau à Paris, Valentina Volchkova débarque à Genève avec une galerie pour accompagner les artistes de groupe dans la partie germanophone de l’Europe. Point d’étape.

 
Photo Nicolas Dupraz - © PACE

Valentina Volchkova incarne on ne peut mieux le concept de «citoyenne du monde». Née en Russie, elle déménage en France à l’âge de 8 ans avant de partir effectuer ses études aux États-Unis. De retour dans l’Hexagone, elle ouvre sa galerie, puis est contactée par PACE Gallery pour un projet spécifique : implanter PACE quelque part en Europe. Elle développe donc la version londonienne en 2010, avant de retourner à Paris cinq ans plus tard pour y ouvrir un bureau. Elle déménage maintenant avec mari et enfants à Genève, pour installer la première galerie PACE en territoire helvète. Elle nous raconte en quoi une galerie en Suisse participe de la fidélisation des artistes, et lève un peu le voile sur l’organisation d’un groupe international de galeries.
Depuis combien de temps travaillez-vous sur le projet d’ouverture de la galerie à Genève ?
Pas très longtemps en fait. Cela doit faire un an que nous y réfléchissons. Tout s’est déroulé naturellement et simplement. Nous avons tout de suite trouvé le bon espace et les bons interlocuteurs locaux. Nous avions déjà des collectionneurs sur place. Nous avons donc toutes les cartes en main pour bien démarrer. Dans les faits, il s’agit d’une première expérience sous forme de «pop-up», pendant un an et demi. Nous ferons alors le bilan et verrons quelles seront les prochaines étapes.
Avez-vous des projets spécifiques pour cet espace ?
Nous commençons avec un duo show Sol LeWitt et Adam Adelton. Nous allons probablement ensuite alterner entre présentations d’artistes très solides, expositions de curateurs en collaboration avec des artistes invités et découvertes d’artistes plus émergents. Nous verrons comment cela évoluera si nous conservons la galerie. Mais avant tout, l’idée principale de cet espace est de nous rapprocher des institutions suisses, italiennes et allemandes.
Comment cela ?
Les artistes sont aujourd’hui en demande d’une présence très internationale. Si les grandes galeries ouvrent de plus en plus d’espaces, ce n’est pas tant une course commerciale, mais bien davantage un moyen de retenir les artistes. Le marché étant ce qu’il est, les grands noms sont extrêmement sollicités. Il est donc impératif de se donner les moyens de leur permettre d’être fidèles. Avec notre bureau parisien  fermé depuis , il nous était plus difficile de dépasser les frontières françaises. Grâce à ce nouvel espace, nous pouvons rayonner sur une grande partie de l’Europe continentale et notamment de ses institutions. Celles-ci sont très nombreuses en Suisse, en Allemagne et en Italie, et sont en plus de très grandes importance et qualité.

 

Horizontal Progression #7 (1991), Sol LeWitt. Photo Kerry Ryan McFate.
Horizontal Progression #7 (1991), Sol LeWitt. Photo Kerry Ryan McFate.© 2018 The LeWitt Estate/Artists Rights Society (ARS), New York


Du coup, pourquoi Genève et pas la Suisse germanophone ?
Simplement pour pouvoir conserver mon équipe qui est francophone. Construire une bonne équipe nécessite beaucoup de temps et d’énergie. C’est toujours un équilibre précaire. Celle qui m’entoure aujourd’hui est parfaite ! Pour démarrer dans un nouveau pays, mieux vaut être bien entourée ; dans notre cas, nous sommes quatre. Il y a mon assistante qui était avec moi sur Paris, une directrice suisse-italienne qui nous rejoint en provenance de l’équipe londonienne, une nouvelle assistante recrutée sur place, et moi.
Allez-vous également servir de centre principal pour les foires continentales auxquelles le groupe participe?
À terme, oui. Ce sera logistiquement beaucoup plus simple pour tout le monde. Après, comme pour toute nouvelle organisation, ce sont des mécaniques à mettre en place. Cela ne se fera pas du jour au lendemain.
Comment sont prises les décisions stratégiques au sein de PACE ?
C’est l’un des éléments qui m’a le plus attirée au moment de rejoindre PACE. PACE Gallery, c’est une famille, une famille d’environ deux cents employés éparpillés aux quatre coins du monde. Les propriétaires  Arne Glimcher et son fils  laissent les directeurs locaux libres de monter leurs propres projets, qui sont ensuite validés de manière collégiale. Cette liberté est vraiment le plus beau cadeau que l’on puisse faire à ses employés. Dans mon cas, par exemple, je suis Russe et par ailleurs très proche de la Fondation Calder. Il n’y avait jamais eu d’exposition Calder en Russie. Ils m’ont laissé la liberté de me consacrer à une rétrospective au musée Pouchkine, en 2015. C’était fantastique. En plus de laisser une grande initiative à leurs employés, on peut parler d’accès à un puits sans fond de connaissance. Arne Glimcher, notre fondateur, avec ses soixante ans d’expérience et sa mémoire infaillible, connaît absolument tout ce qu’il est possible de savoir sur l’art contemporain de ces cinquante dernières années. Étant très accessible, il offre cela : directeurs, archivistes, techniciens… tous bénéficient de son savoir de manière illimitée.

 

Maquette pour Transparent Horizon (1972-1973), Louise Nevelson.
Maquette pour Transparent Horizon (1972-1973), Louise Nevelson. © 2018 Estate of Louise Nevelson/Artists Rights Society (ARS), New York


Avec la multiplication des projets, comment faites-vous pour vous y retrouver ?
Concrètement, chaque bureau supervise certains projets précis ou la relation avec certains artistes. Le reste, c’est de la communication intra-bureau. En fait, le plus dur à se souvenir quand on est nouveau, c’est ce qui est le point de référence pour chaque projet. Une fois cela intégré, tout se fait naturellement et simplement. Le savoir est réparti entre tous.
Entre les galeries d’art contemporain, celles spécialisées en photographie ou sur l’art tribal, faut-il voir la volonté de faire de PACE une marque ?
Historiquement, pas du tout. PACE/MacGill (photographie) et PACE Primitive tiennent tout simplement de la passion d’Arne pour la photographie et les arts primitifs, et de sa volonté de soutenir des marchands amis. Si vous allez chez lui, vous y trouverez autant de pièces rares d’arts africain ou océanien, de photographie historique que d’art conceptuel. Ces deux entités sont vraiment séparées du groupe, même si, petit à petit, nous commençons à élaborer davantage de projets ensemble. Encore une fois, l’idée de point de contact est celle qui prévaut : si l’on a besoin d’expertise sur la photographie ou si l’on souhaite monter un projet avec une composante tribale, on sait vers qui se tourner.
Quelle est l’identité de PACE ?
Pour moi, c’est l’innovation. PACE a toujours été novatrice. Novatrice et audacieuse. Que ce soit par la place qu’elle a su donner aux femmes artistes à une époque où l’on était bien loin de s’interroger sur ces questions ; que ce soit dans son travail sur l’art minimaliste quand le monde ne jurait que par l’expressionnisme abstrait ; que ce soit quand nous avons commencé à nous implanter en Chine continentale alors que le monde ne jurait que par Hong Kong ; que ce soit dans les nouvelles technologies, quand nous lancions une plateforme de catalogues raisonnés alors que tous se battaient pour concevoir des sites de vente en ligne ; que ce soit, aujourd’hui, dans les réflexions menées sur la place de l’art contemporain dans les villes avec Future\PACE… PACE représente à mes yeux bien plus qu’une esthétique ou une ligne artistique précise, cela tient à l’audace et l’envie d’aller toujours plus loin.

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