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Unesco : vingt mille dollars ? Quelle pitié !

Publié le , par Vincent Noce

La désignation du futur directeur général de l’Unesco à la mi-octobre laissera un souvenir amer. Rarement la diplomatie du chéquier, pratiquée avec davantage d’expérience dans les cénacles d’événements sportifs, aura été aussi peu dissimulée. 20 000 $ : voici le tarif qui a circulé dans les cercles de l’ONU, à New York,...

  Unesco : vingt mille dollars ? Quelle pitié !
 

La désignation du futur directeur général de l’Unesco à la mi-octobre laissera un souvenir amer. Rarement la diplomatie du chéquier, pratiquée avec davantage d’expérience dans les cénacles d’événements sportifs, aura été aussi peu dissimulée. 20 000 $ : voici le tarif qui a circulé dans les cercles de l’ONU, à New York, comme enveloppe promise pour l’achat d’une voix. «Mais, vous rigolez, c’est bien plus !», s’est exclamé un diplomate arabe à Paris. Il y a aussi, au besoin, les subventions promises aux petits pays, susceptibles de favoriser les bonnes inclinations au moment décisif. «L’Unesco est-elle à vendre ?», a pu ainsi titrer le Huffington Post. Les conférences du Patrimoine mondial nous ont déjà habitués à ce théâtre d’ombres, dans lequel le marchandage se donne libre cours pour obtenir l’inscription d’un site sur cette liste prestigieuse (et fort rentable) ou pour éviter l’infamie de sanctions, quand les critères de protection ne sont plus respectés. 20 000 $, en effet, c’est triste, c’est maigre. Mais il faut se rendre à la réalité. Peu d’attention a été accordée à la succession d’Irina Bokova, avant qu’elle ne fût perturbée par l’annonce par les États-Unis et Israël de leur retrait de l’Unesco. Celui-ci ne pourra pas être effectif avant 2018. La date choisie pour l’annonce était donc calculée, au moment où le candidat qatari faisait figure de favori. Elle a pu inciter d’aucuns à se rabattre sur la candidature française, certains espérant même qu’Emmanuel Macron aurait l’aplomb nécessaire pour faire revenir les Américains sur leur décision. Bon courage.

L‘organisation est paralysée par le système clanique du siège, et secouée par le goût des ambassadeurs pour des disputes politiques très éloignées de ses missions fondamentales.

Cette bataille à couteaux tirés laisse tout le monde meurtri, et l’agence des Nations unies plus affaiblie que jamais. Normalement, le poste aurait dû échoir à la région arabe. Elle ne manque pas de personnalités qui auraient été à même de redonner du prestige à l’Organisation. Au lieu de cela, plusieurs nations ont envoyé des fonctionnaires handicapés par leur âge et des carrières tortueuses. La division a fait le reste, les deux figures notables et intellectuellement valables, le Qatari et l’Égyptienne, se neutralisant l’une l’autre. Le groupe arabe et africain, y compris les alliés traditionnels de la France, ont été blessés par la candidature d’Audrey Azoulay. Attali, Kouchner, Royal… les Français sont connus pour la passion qu’ils accordent à leur propre carrière. L’éphémère ministre de la Culture de Hollande, qui bénéficiait de l’avantage de la jeunesse et du soutien de l’Europe, paraît comme une pâle figure, même en regard d’Irina Bokova. Celle-ci laisse une organisation exsangue et paralysée par le système clanique du siège, régulièrement secouée par le goût immodéré des ambassadeurs pour des disputes politiques très éloignées de ses missions fondamentales. La directrice générale sortante, elle aussi, a sacrifié à sa propre carrière en consacrant une bonne partie de son temps à faire vainement campagne pour le poste de secrétaire général de l’ONU. Son règne se finit par une note sombre, son mari étant visé par une enquête en Bulgarie sur des blanchiments de fonds d’Azerbaïdjan, alors qu’elle affichait son amitié pour la première dame de cette dictature orientale. Ses adversaires considèrent que l’Unesco est victime de son propre système. Ils oublient l’irresponsabilité foncière des États membres, qui la laissent s’enfoncer dans ce marasme à un moment où l’éducation, la culture et la science sont des enjeux cruciaux de nos civilisations.

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