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Une toile inédite de Jusepe de Ribera sort saint Pierre des ténèbres

Le 11 novembre 2021, par Sophie Reyssat

Pleine d’émotion, cette toile peinte dans la maturité de Jusepe de Ribera donne à la lumière un rôle symbolique. Éclairage sur une œuvre inédite.

Une toile inédite de Jusepe de Ribera sort saint Pierre des ténèbres
Jusepe de Ribera (1588-1656), Saint Pierre repentant, huile sur toile signé et datée «Jusepe de Ribera espanol F / 1638», 76 64 cm.
Estimation : 200 000/300 000 

L’apparition d’une œuvre de Jusepe de Ribera sur le marché de l’art est un événement. Les spécialistes se souviennent du record français établi à 1 820 000 € par Un philosophe : l’heureux géomètre, une toile présentée à Drouot en juin 2020 par la maison Daguerre, là aussi expertisée par le cabinet Turquin (voir l'article Un sémillant vieillard de Ribera de la Gazette n° 25 de 2020, page 113). Proposé dans la même estimation, ce Saint Pierre repentant cumule les promesses : inédit et dans un parfait état de conservation, il a appartenu à la collection du cardinal Flavio Chigi (1631-1693), neveu du pape Alexandre VII (voir page 16). Cette œuvre a été signée en 1638, soit à un tournant dans la manière du peintre autour de 50 ans. Il semble alors prêter attention aux nouveautés artistiques de Rome, Gênes et Palerme, et s’écarter de l’influence caravagesque en adoptant une palette plus claire à partir de 1635. Son modèle reste cependant conforme aux codes du maître lombard : il montre un homme âgé, qui pourrait être l’un de ses contemporains, figuré à mi-corps devant un fond sombre et neutre. Le cadrage et la mise en lumière du sujet le rapprochent du spectateur, focalisant l’attention de ce dernier sur le réalisme des mains en prière et l’expression du visage, dont les yeux embués de larmes se lèvent vers le ciel. Cette image pleine d’humanité permet au croyant de s’identifier à l’apôtre du Christ – le plus fidèle d’entre eux et pourtant, celui qui l’a renié par trois fois pour ne pas être arrêté avec lui –, et de croire à la possibilité du pardon en cas de repentance sincère. Le thème du repentir de saint Pierre a connu un grand succès à la faveur de la Contre-Réforme, le concile de Trente (1545-1563) précisant le dogme catholique. Contrairement au protestantisme, celui-ci s’appuie notamment sur le culte des saints et l’utilisation des images pour instruire et toucher les fidèles, incités à suivre leur exemple. Plusieurs versions de celle-ci, faisant varier la position de Pierre, ont ainsi été réalisées par Ribera et ses collaborateurs. L’éclairage dramatique et le vêtement jaune illuminant le visage plein d’émotion du pécheur servent la symbolique de l’œuvre, empreinte d’une spiritualité invitant à l’introspection. Le saint, qui a les clés du paradis posées devant lui, sort de la nuit de sa méditation pour entrer dans la lumière de Ribera, porteuse d’un message divin. Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre baignant dans les ténèbres, et dit : «Que la lumière soit 

lundi 13 décembre 2021 - 16:00 - Live
Salle 9 - Hôtel Drouot - 75009
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