Une tabatière, cadeau de l’impératrice Joséphine

Le 20 février 2020, par Claire Papon

Remise par Joséphine au page de Napoléon, le comte de Barral, à l’annonce de la victoire d’Austerlitz, cette tabatière devrait être la plus disputée d’une collection de boîtes en or.

Tabatière en or et émail bleu, au poinçon de Gabriel Raoul Morel (1764-1832), ornée d’une miniature représentant l’impératrice Joséphine, signée Paul Louis Quaglia (1780-1853), 8,5 cm.
Estimation : 60 000/80 000 

À victoire éclatante, présent luxueux… Notre boîte est bien trop précieuse pour avoir contenu du tabac. Entièrement en or ciselé, rehaussée de deux filets d’émail bleu, elle est ornée d’un portrait de l’impératrice, vêtue d’une robe de mousseline blanche, parée d’un collier de perles et d’un double diadème serti de pierres précieuses. Cadeau de Napoléon ou achat de Joséphine, cette élégante de l’Empire, collectionneuse qui dépensera des sommes folles pour son écrin personnel, alors même qu’elle a la jouissance des joyaux de la couronne ? Dans son écrin, les tiares en diamants et camées côtoient les parures en émeraude, en améthyste, des pendants d’oreilles sertis de perles ou de saphirs, qu’elle achète chez Mellerio et Nitot, fournisseur officiel de l’Empereur – connu aujourd’hui sous le nom de Chaumet. L’auteur de notre miniature ? Paul Louis Quaglia (1780-1853), né à Plaisance en Italie, formé à Rome, installé à Parme, à Florence et enfin à Paris en 1805, présent aux Salons de 1808 à 1822, et à qui l’on doit des portraits de Napoléon, d’Eugène de Beauharnais, de la reine Hortense, du général Junot, duc d’Abrantès, et plus tard de la famille Bernadotte et de la duchesse de Berry. Il a aussi commis plusieurs portraits de Joséphine, conservés au musée Jacquemart-André ou à la Wallace Collection. L’un d’entre eux, au château de Malmaison, est le dernier qu’il a exécuté peu avant la mort de l’impératrice, le 29 mai 1814. Elle y est coiffée d’un double diadème, serti de perles et de camées, appartenant aujourd’hui à la couronne de Suède.
Boîtes de présent
Notre tabatière en or ciselé de feuillages porte le poinçon de Gabriel-Raoul Morel (1764-1832). Succédant à Victoire Boisot Blerzy, il insculpe son poinçon (ses initiales et une oreille dans un losange) vers 1798-1799 et se spécialise dans la fabrication de boîtes en or pour les grands joailliers, parmi lesquels Fossin, Marguerit fils, Petit-Jean et Ouizille. Au début du XIX
e siècle, passé la période révolutionnaire, le couronnement de Napoléon Ier marque la renaissance de la tabatière, souvent en or agrémentée de miniatures sur ivoire ou sur porcelaine. Et le service des Présents relance les usages de l’ancienne cour, consistant à offrir de tels objets ornés de portraits des souverains. Un peu plus tard, ces précieuses boîtes constituent des cadeaux aux membres de la famille impériale ou des récompenses pour les princes et les maréchaux, quand elles ne commémorent pas un événement important. Elles sont présentées, comme la nôtre, dans des écrins en cuir doré aux petits fers. D’après une tradition familiale, cette tabatière aurait été offerte par Joséphine à l’un de ses cousins, page de l’Empereur puis officier de cavalerie et aide de camp de Masséna, Amédée François Joseph Hippolyte, comte de Barral (1787-1856), à l’occasion de la victoire d’Austerlitz. Chef-d’œuvre de stratégie militaire, cette bataille dite aussi «des trois empereurs» (Napoléon Ier, Alexandre Ier de Russie et François II d’Autriche) se déroule le 2 décembre 1805, jour du premier anniversaire du sacre, par un froid glacial, mais sous un soleil dans lequel on vit un signe du destin divin du Français…