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Une surréaliste sculpture-objet de Man Ray

Publié le , par Philippe Dufour

Parmi les sculptures d’esprit surréaliste laissées par Man Ray, une étrange vitrine abritant des fruits sensuels a tout pour séduire ses admirateurs.

Man Ray (1890-1976), Pêchage, 1969, boîte en bois peint, trois pêches artificielles,... Une surréaliste sculpture-objet de Man Ray
Man Ray (1890-1976), Pêchage, 1969, boîte en bois peint, trois pêches artificielles, coton, édition de 1972 à neuf exemplaires et trois épreuves d’artiste réalisée par la galerie Il Fauno à Turin, EA, signée et titrée à l’intérieur, 36 24 11,5 cm.
Estimation : 20 000/30 000 

© Man Ray 2015 Trust / Adagp, Paris 2022

Trois pêches sur un fond de ciel peint où s’étagent des nuages de coton, le tout placé dans une boîte vitrée : cet énigmatique paysage en trompe l’œil se situe aux frontières de la sculpture et de l’objet de curiosité… Intitulé Pêchage, l’artefact hybride n’est pas forcément la part la plus connue du travail de son auteur, puisqu’il s’agit du maître de la solarisation et du rayogramme : l’illustre Man Ray. Célèbre pour ses dizaines de clichés devenus iconiques, le créateur du Violon d’Ingres et des Larmes s’est pourtant essayé, et avec brio, à la création en trois dimensions. Naturellement, la démarche à ses débuts relève de l’esprit dadaïste, donnant lieu à Boardwalk, panneau aux éléments composites conçu en 1917 alors qu’il vit encore à New York, ou By Itself I, sorte de totem primitiviste de 1918. Quant à cette œuvre, elle voit le jour bien plus tard, en 1969, à un tournant de la vie où Man Ray s’intéresse à nouveau au volume, reconstituant ses premières constructions perdues et en concevant de nouvelles, en particulier des boîtes exposant des fruits artificiels. Son titre, dans la droite ligne des jeux de mots surréalistes, apparaît comme la contraction évidente de «pêche» et de «paysage» pour en décrire parfaitement le concept. Mais selon le critique d’art Arturo Schwarz, qui tente de décrypter dans sa monographie de l’artiste (New York, 1977) la signification profonde de ce choix, il pourrait aussi évoquer un nouvel âge d’or, l’ère de la pêche («pêche-âge»)… fruit renvoyant à l’immortalité dans la tradition extrême-orientale. Symboliques et à double sens, les sculptures de ce type très particulier sont destinées par Man Ray à connaître une édition limitée, réalisée en collaboration avec la galerie Il Fauno de Turin. Ainsi Pêchage est-il édité en 1972 à neuf exemplaires, auxquels s’ajoutent trois épreuves d’artiste, dont la nôtre, provenant de la collection de Lucien Treillard. Celui-ci, fidèle ami de Man Ray et son dernier assistant, avait constitué un ensemble où prévalaient les pièces du plasticien iconoclaste, et parmi elles d’autres exemples de ces fruits défendus mis en boîte : Les Trois Pêchés, des environs de 1969, ou encore La Poire d’Erik Satie, éditée en 1973. Une partie de cette fantastique collection est mise aujourd’hui en vente par sa veuve, Edmonde Treillard… Une occasion exceptionnelle de redécouvrir les objets habités du maître, à côté de ses photographies originales, estampes et autres portfolios.

mercredi 29 juin 2022 - 15:00 (CEST) - Live
Salle 6 - Hôtel Drouot - 75009
Christophe Joron Derem
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