Une semaine très new-yorkaise

Le 22 mars 2018, par La Gazette Drouot

Période intense… Alors que débutait la Tefaf sur le Vieux Continent, la semaine de l’art contemporain battait son plein à New York, portée par le presque centenaire Armory Show. L’occasion pour certains marchands de tester leur don d’ubiquité…

Simphiwe Ndzube (né en 1990), The Theft of Fire (Diptych), Armory Show 2018.
COURTESY GALERIE NICODIM

Le week-end dernier, une demi-douzaine de foires d’art se disputaient les faveurs du public. Reine de celles-ci, l’Armory Show démarrait par un vernissage très suivi le mercredi 7 mars. Les visiteurs avaient bravé le blizzard, pour le plus grand plaisir des marchands : «Malgré la tempête de neige, le premier jour fut très suivi et nous avons réalisé des très belles ventes», déclarait Susanne Vielmetter de la galerie du même nom, de Los Angeles. Elle est en effet repartie vers le soleil délestée d’œuvres d’Andrea Bowers, Raffi Kalenderian, Sadie Benning, Stanya Kahn et Kim Dingle. Alors que les people se pressaient dans les allées les comédiens Steve Martin et James Franco, la musicienne Alicia Keys ou l’ancien patron de Disney Michael Eisner , la vraie star de la soirée était la première œuvre de Kehinde Wiley, depuis son portrait de Barack Obama. Planté au milieu du stand Sean Kelly, le tableau ovale aux couleurs éclatantes faisait le buzz sur les réseaux sociaux.
Razzia sur les stocks
Malgré le froid sibérien, la fréquentation ne faiblissait pas le week-end, loin de là ! Kavi Gupta, de Chicago, résume : «La foire était pleine à craquer. Les visiteurs devaient s’arrêter à plusieurs reprises avant de pouvoir simplement entrer sur le stand.» Un visiteur qui a bien fait de s’arrêter plusieurs fois, c’est Yusaku Mauzawa on se souvient de lui comme de l’acheteur du Basquiat à 110,5 M$, aux enchères l’année dernière. Il est reparti du stand Kavi Gupta avec deux œuvres du Coréen Young-Il Ahn (respectivement 50 000 et 150 000 $). Le marchand chicagolais a également vendu trois reliefs de Beverly Fishman (entre 30 000 et 55 000 $), plusieurs pièces de l’artiste émergent Manuel Mathieu ainsi que Mellow Yellow Feel, d’Angel Otero. Kavi Gupta présentait aussi plusieurs installations monumentales sur la foire. Ainsi, quatre tuniques de Jeffrey Gibson étaient suspendues au niveau de l’entrée de l’Armory Show, un ensemble intitulé Without You I’m Nothing. Le galeriste en cédait deux pour 60 000 $ chacune. Mais il n’était pas seul à proposer des grands formats. Marc Glimcher, président de Pace, était ravi de l’intérêt porté aux œuvres de Tara Donovan, dont une récente installation sans titre était le clou de Platform. Cette section, commissionnée par Jen Mergel, rassemblait plusieurs créations de grand format à la manière de mini-Unlimited directement au milieu des stands. Marc Glimcher se réjouit : «Platform nous a servi d’écrin pour présenter les nouvelles installations monumentales de Tara Donovan. Cela s’est ressenti dans les ventes de ses “Cartes”. Nous avons vendu la totalité du stand dès le premier jour et avons continué avec la série le reste de la semaine.» D’autres enseignes se sont retrouvées à cours de stock… Nicodim, de Los Angeles, présentait Limbo Colony, un solo show du Sud-Africain Simphiwe Ndzube. «Tout est parti dès la première heure, ainsi que deux autres tableaux de la même série, laissés à L.A.», indique Ben Lee, le directeur. Les pièces s’échangeaient entre 20 000 et 40 000 $.
Jeunes et moins jeunes
À l’instar de Simphiwe Ndzube, l’Armory Show n’hésitait pas à laisser de la place aux jeunes artistes. OLS Contemporary présentait une superbe installation de Vanessa Baird qui exposait pour la première fois aux États-Unis intitulée I Don’t Want to be Anywhere, but Here I Am. Pour Ida Marie Ellinggard, «la réponse à l’installation était incroyable»… peut-être aidée par le New York Times, qui incluait l’artiste dans ses «30 incontournables de l’Armory Show». Les «seniors» n’étaient pas pour autant délaissés. Thaddaeus Ropac vendait une œuvre récente de Robert Longo, Untitled (Black Water), à un musée allemand pour 650 000 $. Il cédait également Coca-Cola Girl 2 (2017) d’Alex Katz, Beardscore (2016), de Gilbert & George, et Voyager-Speed of Light (2001), de James Rosenquist, à des collectionneurs américains. Bilan : alors que l’on pouvait craindre une édition compliquée, après un nouveau changement d’équipe, une tempête et une plus grande concomitance dans le calendrier des événements internationaux, cette édition fut un «carton plein» grâce à un marché intérieur très solide, tandis que deux autres salons importants se tenaient aux mêmes dates, un peu plus au sud.
Les autres événements de la semaine
Independent, qui revenait pour sa neuvième édition, rencontrait un grand succès, battant son record de visiteurs. La galerie Maureen Paley (Londres) vendait dès l’ouverture plusieurs photographies de Wolfgang Tillmans… à 100 000 $ chacune ! Plusieurs enseignes ont fait sold-out : David Kordansky (Los Angeles) présentait une exposition de céramiques de Ruby Neri (entre 14 000 et 35 000 $ pièce), et n’avait plus rien à proposer dès le second jour ; Chapter NY épuisait très vite ses œuvres d’Ann Greene Kelly, qui bénéficiait d’un solo show ; CLEARING (New York, Bruxelles) se séparait de toutes ses sculptures peintes d’Harold Ancart ; CANADA (New York), de ses céramiques d’Elisabeth Kelly (entre 6 000 et 12 000 $) ; Delmes & Zander, basée à Cologne, a entièrement vendu la première exposition personnelle sur le sol américain du Roumain Alexandru Chira (3 000 à 8 000 €). Enfin, la new-yorkaise JTT faisait de même avec son duo show des œuvres d’Elaine Cameron-Weir et de Borna Sammak. «Independent est toujours une super-foire pour nous», confiait Jasmin Tsou, de cette galerie. «Ce qui me plaît le plus, ici, c’est que les collectionneurs ont vraiment le temps de se concentrer sur chacune des propositions des exposants.» Parallèlement, la 7e édition de NADA (New Art Dealers Alliance) attirait l’attention de nombreux jeunes marchands et artistes. La galerie Microscope, de Brooklyn, a bien profité de la couverture médiatique qu’offrait Artnet à son artiste Zach Nader pour vendre la plupart des œuvres disponibles sur la foire. Carbon 12, de Dubaï, présentait pour la première fois hors du Moyen-Orient les œuvres de l’Iranien Amir Khojasteh. Kourosh Nouri, fondateur et directeur de la galerie, indiquait avoir placé «deux pièces de l’artiste dans les collections permanentes de The Davis, du Wellesley College, dans le Massachusetts. Document Space (Chicago), 6 ans d’âge, cédait plusieurs céramiques d’Erin Jane Nelson faisant actuellement l’objet d’un group show au Whitney Museum ainsi que de multiples photos de Paul Mpagi Sepuya, qui a prêté des pièces au MoMA pour l’exposition «New Photography». De l’autre côté de la ville, enfin, au Pier 36, Art on Paper revenait pour sa quatrième année. Primo-exposants comme habitués étaient unanimes pour vanter le succès de cette édition. Parmi les belles ventes, citons trois photographies de l’Iranienne Niloufar Banisadr (pour un total de 20 000 $), deux toiles de Jason Newsted (8 000 $), trois œuvres du Français Pascal Vochelet ainsi qu’une installation de dix photographies de Bruno Fontana (10 000 $). Ron Rumford, de la galerie Dolan Maxwell (Philadelphie), revenait pour la troisième fois : «Le public était nombreux et enthousiaste.» Suffisamment pour le délester de plusieurs œuvres de Rachel Selekman et Michael Canning. Eva Frosch, de la galerie locale Frosch & Portmann, pour sa première fois sur Art on Paper, déclarait avoir «vendu deux fois [son] stand». L’avantage d’être sur place !

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