Une opération séduction signée Vu Cao Dam

Le 24 juin 2021, par Caroline Legrand

Une nouvelle découverte dans une ancienne collection française d’une œuvre inédite signée Vu Cao Dam animera une fois de plus le marché de la peinture vietnamienne. Le charme agit toujours.

Vu Cao Dam (1908-2000), Jeune fille lettrée, encre et couleurs sur soie, signée en sino-vietnamien, avec cachet sigillaire rouge, et à l’européenne, 90,5 x 61,7 cm (détail).
Estimation : 200 000/250 000 €, 
Adjugé : 468 000 €

Conservée dans une famille, aujourd’hui installée dans la région rémoise, depuis plusieurs générations, cette peinture appartenait à la tante de son actuel propriétaire, qui vivait dans les années 1950 à Paris. Avec ses belles dimensions – plus de 90 cm de hauteur – et son sujet intemporel, elle attire déjà l’attention des spécialistes et des collectionneurs. « C’est une belle œuvre puisqu’elle représente une jeune femme élégante, vêtue de sa longue tunique blanche traditionnelle, l’ao daï, tout en nuances. À ses côtés, une boîte à livres indique son statut de lettrée et hausse cette composition au rang d’allégorie du savoir et de la littérature », explique ainsi l’expert Pierre Ansas. La palette de couleurs pastel, la ligne sinueuse de la silhouette féminine et l’atmosphère évanescente… On ne peut s’y tromper, toutes les qualités de la manière de Vu Cao Dam sont bien présentes. Depuis des décennies maintenant, avec celles de ses compatriotes Mai-Thu et Lé Phô, sa cote ne cesse de grimper, sans doute entraînée par le triomphe de l’art chinois et allant de pair avec l’essor économique du pays. Car les collectionneurs de ces peintures, hormis quelques personnes basées à Singapour, demeurent essentiellement vietnamiens, parmi lesquels une dizaine bataillent pour se porter acquéreurs des pièces les plus importantes. « Ils se partagent même entre deux villes, Hanoï et Hô Chi Minh-Ville», précise Pierre Ansas. Bien sûr, des intermédiaires les conseillent et sont leurs yeux dans tout le marché occidental, particulièrement en France où un grand nombre d’œuvres majeures sont régulièrement découvertes. Si ce n’est ces dernières années où ses enchères se sont véritablement envolées, Vu Cao Dam est reconnu et apprécié en France dès 1960. Arrivé dans l’Hexagone en 1931 – à l’occasion de l’Exposition coloniale internationale de Paris, où il participe à la création du Pavillon Angkor-Vat, avec son mentor Victor Tardieu –, il décide de s’y installer. Depuis tout jeune, il entend parler de ce pays et de sa culture par son père, grand lettré qui vénérait la littérature et les arts (le nom qu’il donne à son fils signifie « Mots supérieurs ») : celui-ci parlait parfaitement le français et visita Paris en 1889 avec la délégation venue représenter l’Empire annamite à l’Exposition universelle. Dans les années 1930, Vu Cao Dam se consacre surtout à la sculpture et réalise des portraits de personnalités, parmi lesquelles l’homme politique Jacques Stern, le directeur du théâtre du Châtelet Maurice Lehmann et l’empereur Bao-Dai. Mais le métal venant à manquer durant la guerre, il se tourne vers la peinture. La découverte des avancées apportées par Renoir, Van Gogh, Matisse ou Bonnard jouera également un rôle important dans ses choix artistiques. Installé dans le sud de la France, à Saint-Paul-de-Vence, il construit sa réputation autour de ses figures féminines au charme si particulier. Il expose dans la région, mais aussi à Paris et bientôt à l’étranger : en 1960 à Londres, chez Frost & Reed, à Bruxelles trois ans plus tard ; il signe un contrat en 1963 avec la Wally Findlay Gallery et expose à Chicago, Palm Beach, New York ou Los Angeles. Mais il n’a lui-même jamais traversé l’Atlantique. 

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