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Une offrande de Noël de Bernhard Strigel

Le 16 décembre 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Longtemps resté un maître énigmatique, Bernhard Strigel, représentant le plus connu d’une famille d’artistes de Memmingen, peut compter sur ses anges gardiens pour réécrire son histoire.

Une offrande de Noël de Bernhard Strigel
Bernhard Strigel (1460-1528), Ange vêtu d’une tunique jaune tenant un encensoir, panneau de chêne, 48,7 61 cm (détail).
Estimation : 600 000/800 000 

Il y aurait presque un air de déjà-vu. Pourtant, les anges thuriféraires, abondant dans les vitraux et décors sculptés depuis le Moyen Âge, ne sont pas légion dans la peinture primitive allemande. Si cet Ange vêtu d’une tunique jaune tenant un encensoir peut nous sembler familier, c’est parce qu’il est le pendant évoqué par Laurence des Cars, dans son ouvrage Louvre Abu Dhabi : naissance d’un musée, au sujet de L’Ange à l’encensoir (voir page 12), paru en 2013. Celui-ci, une huile sur panneau par Bernhard Strigel, datée vers 1520 et ayant un temps appartenu à l’ingénieur et peintre Henri Rouart, avait effectué un passage remarqué à Drouot en 2008. Présentée par Jean-Marc Delvaux avec une estimation de 60 000/80 000 €, elle partait pour 1,1 M€, record non battu à ce jour pour l’artiste. La vente était d’autant plus remarquable que l’acheteur était des plus prestigieux : l’huile rejoignait les collections du Louvre Abu Dhabi. Plus tard, un portrait de l’empereur Maximilien, réalisé sur invitation de ce dernier à la cour de Vienne, n’est pas parvenu à la concurrencer : cette huile sur panneau avait tout juste atteint son estimation basse, 122 500 £, sous le marteau de Christie’s à Londres en 2014. Ces deux anges se sont donc fait face au sein d’un ensemble plus monumental, peint ou même sculpté. Dans l’iconographie religieuse, les anges thuriféraires jouent un rôle d’intercesseur entre Dieu et les hommes : ici, l’ange adopte une pose d’adoration, laissant s’échapper une discrète fumée, don des hommes aux dieux depuis l’Antiquité païenne, matérialisation de la prière des fidèles dans la chrétienté. Essentiellement actif à Memmingen d’où il est originaire, Bernhard Strigel est à Vienne en 1515 et en 1520, à Innsbruck entre 1523 et 1525. Il fait donc partie de ces hommes dont l’esprit du Moyen Âge se teinte d’études et de grands voyages, aiguisant leur esprit d’observation et leur désir de connaissance. Proche de Bartholomeus Zeitblom, Strigel s’imprégna peut-être de ses concitoyens Dürer et Cranach l’Ancien – le paysage le laisse penser – mais c’est à Holbein et Amberger, pour la robustesse de ses portraits, qu’on attribua, par erreur, certaines de ses œuvres. Toutefois, le chromatisme élaboré de ce panneau, associé au travail raffiné des carnations et des vêtements de l’ange, trahit la sensibilité propre d’un artiste parvenu à maturité, mais sur le point d’être rudoyé par la Réforme.

tableaux anciens, mobilier et objets d'art, art d'Asie
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