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Une nature morte d’Henri Hayden de la collection Conrad Moricand

Publié le , par Philippe Dufour
Vente le 03 décembre 2022 - 14:15 (CET) - Abbaye-aux-Dames, 11, place de L'Abbaye - 17100 Saintes

Issue de la collection du mécène haut en couleur de l’entre-deux-guerres, Conrad Moricand, cette nature morte s’inscrit avec force dans la brève période cubiste du peintre.

Henri Hayden (1883-1970), Nature morte cubiste à la bouteille de chianti, 1920, huile... Une nature morte d’Henri Hayden de la collection Conrad Moricand
Henri Hayden (1883-1970), Nature morte cubiste à la bouteille de chianti, 1920, huile sur toile signée, étiquette au dos portant l’inscription manuscrite « Henri Hayden XII. 1920 Paris », 65,5 81 cm (détail).
Estimation : 80 000/90 000 

À la façon des compositions majeures de l’âge d’or du cubisme, la Nature morte à la bouteille de chianti déploie ses multiples éléments sur le plateau d’une table : journaux, compotiers, fruits, et bien sûr un flacon rebondi du fameux vin italien. Avec ce kaléidoscope aux différents plans colorés, peint en 1920, son auteur Henri Hayden s’impose sans conteste comme l’un des meilleurs interprètes d’un mouvement né une dizaine d’années auparavant. Étonnamment, la toile fait écho à une subtile définition de son travail que fera plus tard Samuel Beckett : « Tout est reconnaissable mais à s’y méconnaître. Étrange ordre des choses, fait d’ordre en mal de choses, de choses en mal d’ordre. » Né à Varsovie, Hayden s’est installé à Paris en 1907, pour suivre l’enseignement de l’académie de peinture La Palette. Mais ce sont surtout les œuvres de Paul Gauguin – découvertes grâce à son compatriote Wladyslaw Slewinski –, puis celles de Paul Cézanne qui l’inspirent réellement. À Montparnasse, il fréquente aussi les ténors du cubisme, dont Pablo Picasso, Juan Gris, Jacques Lipschitz ou Jean Metzinger, avant de plonger à son tour dans cette révolution formelle. Un choix que conforte, en 1915, la signature d’un contrat avec le marchand Léonce Rosenberg, qui lui permet d’accéder à une certaine célébrité. Notre exceptionnelle Nature morte date de l’apogée de cette courte période cubiste de Hayden, qui devait se terminer en 1922, lorsqu’il se tourne vers le paysage figuratif.
Conrad Moricand, un dandy astrologue
Durant ces flamboyantes années 1920, Henri Hayden a beaucoup fréquenté la galerie Lyre et Palette, au 6 de la rue Huyghens à Montparnasse, réputée pour ses fêtes où se donnaient rendez-vous tous les artistes du quartier et leurs collectionneurs. C’est là qu’il a pu connaître un autre familier des lieux, Conrad Moricand (1887-1954), personnage hors du commun puisque à la fois dandy, mécène, illustrateur, astrologue et auteur d’ouvrages ésotériques ! Issu d’une famille aristocratique suisse richissime, l’homme recevait dans son hôtel particulier l’avant-garde parisienne, de Georges Braque à Max Jacob, en passant par Amedeo Modigliani. Ce dernier a d’ailleurs laissé un Portrait de lui, peint en 1916 (collection privée). L’excentrique flambeur, ruiné, finira ses jours dans la misère en 1954… Cependant, malgré les grandes difficultés qui assombrissent ses dernières années, il ne se sépara jamais des œuvres acquises d’Henri Hayden, demeurées ensuite dans la descendance de Jeanne Durand, sa dernière compagne. Parmi les vestiges de leur collection proposés à Saintes, outre cette Nature morte à la bouteille de chianti (bientôt intégrée au catalogue raisonné de l’artiste en préparation par Laurence Le Cieux), on pourra découvrir du peintre d’origine polonaise une Nature morte à l’échiquier et au journal. Précisons encore que, réalisé autour de 1915, ce collage, gouache et aquarelle (estimé 15 000/20 000 €) fut sans aucun doute préparatoire à une toile vendue aux enchères à Varsovie le 12 décembre 2017.

samedi 03 décembre 2022 - 14:15 (CET) - Live
Abbaye-aux-Dames, 11, place de L'Abbaye - 17100 Saintes
Geoffroy - Bequet
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