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Une mitre épiscopale du XVIe siècle

Publié le , par Anne Doridou-Heim
Vente le 03 février 2023 - 14:00 (CET) - Salle 1 - Hôtel Drouot - 75009

Parement aussi solennel qu’essentiel à la liturgie de l’église catholique, ce couvre-chef pointe lors d’une vacation de tissus anciens. Gros plan sur l’un des lots phares d’une collection bien coiffée.

Mitre épiscopale, Espagne, début du XVIe siècle, brodée aux armes ecclésiastiques... Une mitre épiscopale du XVIe siècle
Mitre épiscopale, Espagne, début du XVIsiècle, brodée aux armes ecclésiastiques en drap d’or sur âme de carton en cannetille, cordonnet et filé métallique dorés, à décor de frises d’acanthes et de cabochons de verre coloré en serti clos, h. 40 cm. 
Estimation : 6 000/8 000 €

Lors des funérailles de Benoît XVI au Vatican, le 5 janvier dernier, la docte assemblée des évêques portait le couvre-chef si caractéristique, cet étrange chapeau à la forme allongée se terminant par deux pointes tendues vers le ciel – la fameuse mitre. Laissons Voltaire la présenter : « À deux pendants une mitre pointue / D’or et d’argent, sur le sommet fendue ». Il s’agit d’un accessoire indispensable et précieux de la liturgie, utilisé au sein de l’Église catholique comme élément vestimentaire du clergé depuis le Ve siècle, et présentant sa forme actuelle depuis le XIIe siècle. Celle-ci n’est pas due au simple fait du hasard, on s’en doute. Les deux morceaux triangulaires de tissu rigide, partiellement unis sur les côtés de manière à former deux pointes, représentent en effet l’Ancien et le Nouveau Testament. Quant aux rubans – les fanons –, s’ils servaient à l’origine à l’attacher sous le menton, ils pendent désormais en deux longues bandes sur les épaules et représentent l’esprit et la lettre des Écritures. Les mitres réservées aux célébrations les plus solennelles, dites « orfrayées », sont en tissu laminé d’or ou d’argent et agrémentées de broderies et de pierres souvent précieuses. Elles étaient tellement inestimables qu’on les retrouvait dans les trésors des églises… Le modèle ici proposé, confectionné au XVIe siècle, avec son décor recherché d’armes ecclésiastiques et de frises d’acanthes fleuries, ses canetilles, cordonnet et filets dorés, en est un rare exemple. Il est enrichi de cabochons de couleur, mais l’on peut supposer qu’à l’origine il l’était de rares gemmes, dont les turbulences des siècles passés ont eu raison…
Au fil du sacré
Les vêtements – ou plus exactement les ornements – liturgiques trouvent leur source dans les costumes antiques romains. De nombreux historiens s’accordent pour affirmer que dès l’époque paléochrétienne, il existait un couvre-chef sacerdotal, un bandeau ou un turban dérivé de ceux portés par les guerriers de l’ancienne Grèce et dont la mitre s’inspire. Siècle après siècle, la coiffe a trouvé sa place : la tête de l’évêque. Lors de son ordination, ce dernier se voit remettre les attributs épiscopaux, soit la bague, la crosse et donc cette mitre. La première renvoie à la loyauté envers son diocèse, la deuxième à Jésus « bon Pasteur », la troisième étant un symbole de dignité et d’autorité. L’exposition de l’abbaye de Fontevraud bien nommée « Au fil du sacré, une mode en soie » – qui se terminera le 30 janvier (voir Gazette n° 37 de 2022, page 197) – a pour ambition de mettre en valeur ce pan inédit du patrimoine religieux qu’est le vêtement liturgique d’exception, celui du passé et le plus contemporain, ainsi que de montrer comment il s’inscrit dans son époque et trouve son origine dans la société. Si son usage était – et demeure – strictement réglementé par un ensemble de codes, définissant l’identité et le statut de l’ecclésiastique, il est le plus souvent une œuvre collective, façonnée par des religieuses-brodeuses travaillant dans le silence des ateliers monastiques ou par des tisserands professionnels, employés à la fois par l’Église et par la haute société civile. Cette mitre du milieu du XVIe siècle, assez exceptionnelle par sa datation et sa qualité, s’avère le plus bel atour d’une collection de chapeaux et bonnets anciens qui s’apprête à se découvrir à Drouot.

vendredi 03 février 2023 - 14:00 (CET) - Live
Salle 1 - Hôtel Drouot - 75009
Coutau-Bégarie
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