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Une Judith peinte sur la pierre

Le 29 novembre 2018, par Philippe Dufour

Ce petit format inédit résume l’art délicat de Jacques Stella. Deux facteurs originaux pourraient bien faire grimper les enchères : son support d’ardoise et, incisée dans celle-ci, la signature du maître.

Une Judith peinte sur la pierre
Jacques Stella (1596-1657), Judith avec la tête d’Holopherne, peinture sur ardoise, signée au dos à l’aide d’un stylet «J. Stella fecit», 26,6 x 22,5 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €

Voici deux figures bien connues des amateurs d’art : Judith et sa servante âgée, complices de l’exécution d’Holopherne ; l’épisode est tiré du Livre de Judith, contenu dans la Bible hébraïque et inclus dans l’Ancien Testament par les chrétiens. On peut y lire l’histoire de cette jeune veuve de Judée qui décide d’assassiner le général assyrien Holopherne, chargé par le roi Nabuchodonosor de soumettre le peuple d’Israël. Pour parvenir à ses fins, elle se rend dans le camp de l’ennemi, installé aux portes de la ville de Béthulie ; le redoutable guerrier est séduit par Judith, qui va l’enivrer avant de lui trancher la tête, mettant en déroute les troupes adverses par ce geste courageux. Un thème aux accents dramatiques, tout indiqué pour devenir l’un des sujets favoris des artistes de la Renaissance et de l’âge baroque. Parmi les premiers, on pourrait citer Cranach, Botticelli ou Véronèse ; pour les seconds, Caravage  bien sûr !  et Artemisia Gentileschi, ceux-là misant sur les contrastes lumineux chers au début du XVIIe siècle. Jacques Stella (1596-1657) s’en empare à travers ce petit chef-d’œuvre, dont la composition regarde davantage vers le siècle précédent. D’une élégante fragilité, sa manière s’accorde à merveille avec la nature même du support, surprenante : une plaque d’ardoise… Cette particularité nous rappelle que Stella s’est aussi rendu célèbre par une production de peintures  généralement de petit format  sur différentes sortes de pierres. Le marbre, l’onyx et même le lapis-lazuli ont eu sa préférence, mais également l’ardoise, que l’on extrayait à Lavagna, dans la région de Gênes. Une technique précieuse, à laquelle l’artiste lyonnais s’est sans doute initié lors de son long séjour en Italie.
La peinture sur ardoise, une spécialité italienne
Dès 1617, Stella s’installe à Florence, où il devient le protégé des Médicis. En 1622, le voici à Rome, où il vivra plus de douze ans, côtoyant les plus illustres peintres français, tels Simon Vouet ou son grand ami Nicolas Poussin, et répondant aux commandes du pape Urbain VIII et des Barberini. Est-ce dans les églises de ces deux capitales artistiques qu’il découvre la peinture sur ardoise, initiée au début du XVIe siècle par Sebastiano del Piombo et Titien ? On peut le supposer. Quoi qu’il en soit, ce petit tableau biblique, retrouvé dans un domaine près d’Angers par le commissaire-priseur Xavier de La Perraudière, peut être daté de la première partie de sa carrière, entre le début de son séjour italien et son retour à Paris. À l’appui de cette thèse, deux inventaires de l’époque répertorient ce sujet traité sur pierre par l’artiste, l’un signalant son achat par le cardinal Scipione Borghese, en juillet 1631, l’autre, de 1634, concernant les biens du maréchal de Créquy. Autre détail d’importance : il s’agit du seul tableau de pierre connu portant au dos sa signature par incision directe… et d’une graphie identique à celle figurant sur ses gravures ou ses dessins, comme l’Adoration des bergers de 1631, conservée au musée du Louvre.

bijoux, argenterie, céramiques, art d'Asie, tableaux anciens, mobilier et objets d'art, militaria, tapis
mercredi 05 décembre 2018 - 14:15 (CET)
12, rue des Arènes - 49000 Angers
Ivoire - Deloys - de la Perraudière / d’Oysonville
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