Une jeune femme de Renoir en plein soleil

Le 17 juin 2021, par Philippe Dufour

Au zénith de son art, le maître impressionniste signe là l’une de ses très belles et vibrantes figures féminines. A l’omniprésence de son modèle sensuel, s’ajoute aussi un pedigree émaillé par les grands noms du marché de l’art du XXe siècle…

Auguste Renoir (1841-1919), Jeune femme, fleurs dans les cheveux, vers 1900, huile sur toile, 33,5 30 cm (détail).
Estimation : 180 000/250 000 €, Adjugé : 1 165 600 €

Le visage multiple de la femme… Auguste Renoir l’aura décliné dans d’innombrables portraits, ce thème lui inspirant, de manière quasi obsessionnelle, les chefs-d’œuvre des dernières années de sa vie. Peut-être est-ce son mariage le 14 avril 1890 avec son modèle préféré et compagne, Aline Charigot, qui en a décidé ainsi : celle qui est devenue officiellement la mère de ses enfants apparaît dans pas moins d’une quinzaine de tableaux, dont trois maternités. D’autres muses lui succéderont, issues dorénavant de l’entourage du couple, servantes ou nourrices, comme l’incontournable Gabrielle Renard, une lointaine cousine d’Aline engagée fin 1894. Ces moments de grâce, volés dans le jardin de Cagnes-sur-Mer, ou de la maison d’Essoyes, dans l’Aube, ont donné naissance à quelques icônes de l’art, à l’image de Gabrielle à la rose (conservée au musée d’Orsay). Notre Jeune femme, fleurs dans les cheveux, tableau de petit format (33,5 30 cm), s’inscrit dans la même veine : Renoir y brosse un visage épanoui, avec sa bouche charnue et ses joues rondes, rendant les carnations nacrées à l’aide des caractéristiques touches de blanc et de rose. Revêtu d’un corsage fleuri, le modèle juvénile se détache sur un fond rouge laissant apparaître le relief de la toile. Mais loin d’être une esquisse, comme certaines des œuvres de mêmes taille et époque, «il s’agit ici un portrait très achevé, signé d’ailleurs du nom entier de son auteur, et non d’une initiale», comme le souligne Frédérick Chanoit.
L’itinéraire d’une œuvre très convoitée
En témoigne aussi le brillant pedigree de la Tête de femme, qui, «outre sa beauté indéniable, présente l’avantage d’avoir appartenu à des propriétaires prestigieux selon un parcours parfaitement documenté», constate l’expert. Bernheim-Jeune (l’un des trois marchands exclusifs de Renoir avec Durand-Ruel et Ambroise Vollard), achète l’œuvre 5 000 F (environ 16 000 € en valeur réactualisée) à l’artiste dans son atelier le 17 mars 1911. Puis, il la vend à son confrère berlinois M. A. Fleischteim le 10 avril 1912 ; très rapidement, ce dernier la restitue à Bernheim-Jeune dans le cadre d’un échange. Le galeriste parisien cède alors la toile, en octobre 1912, à Alphonse Kann, grand collectionneur qui est aussi le conseiller des Bernheim et de Paul Guillaume. À une date indéfinie mais que l’on peut situer entre 1917 et 1927, un autre passionné, Adolphe Breynat (1877-1950), acquiert le portrait ; celui-ci rejoint donc son impressionnante collection de tableaux anciens et modernes – une centaine, dont des toiles de Pissarro, Monet, Corot et Boudin –, tous consignés dans un registre d’acquisitions. Depuis, la Tête de femme est demeurée dans la descendance de cet esthète méridional… Mais pas pour autant oubliée : elle apparaît sous le numéro 2316, dans la somme rédigée par Guy et Patrice Dauberville, Renoir, catalogue raisonné, parue en 1973 aux éditions Bernheim-Jeune. Et il faut encore ajouter à ce palmarès de choix l’inclusion prochaine de la toile dans le nouveau catalogue raisonné de Renoir, actuellement en préparation sous l’égide du Wildenstein Plattner Institute.

mardi 22 juin 2021 - 14:00
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