Une feuille bien cachée du maître de Caravage ?

Le , par Carole Blumenfeld

Présenté comme une école italienne du XVIIIe siècle, représentant peut-être Constantin devant le pape Sylvestre Ier, ce dessin serait l’œuvre de Simone Peterzano.

École italienne du XVIIIe siècle, Constantin devant le pape Sylvestre Ier ?, plume et encre noire, lavis gris et brun, rehauts de blanc, mise au carreau, sur papier beige 33,5 28 cm (détail). Drouot, jeudi 25 juin 2020. Oger - Blanchet OVV. M. Millet.
Adjugé : 13 156 

Le musée des beaux-arts d’Orléans, qui espérait la préempter lors de la vente à Drouot, a fait chou blanc. Ceux qui ont eu l’occasion de visiter à l’Accademia Carrara de Bergame l’exposition « Peterzano, Allievo di Tiziano e Maestro di Caravaggio », début 2020, auront reconnu sans peine la main de cet élève de Titien qui eut ensuite pignon sur rue à Milan, où il forma le jeune Caravage. Pour les commissaires de l’exposition bergamasque et Christophe Brouard, directeur des musées de Soissons et spécialiste des dessins de l’artiste – à qui l’on doit l’identification de deux de ses trois tableaux conservés en France –, l’attribution ne fait en tout cas aucun doute.
Mystérieuse étude
Cette composition présente en effet des affinités stylistiques évidentes avec l’ensemble de la production de l’artiste, dont les centaines de dessins conservés au château des Sforza à Milan – le fameux fonds Peterzano – avaient fait grand bruit il y a quelques années, lorsque certains avaient cru y déceler la main de Caravage. Comme Antonio Campi, Simone Peterzano (1540-1599) assimile les codes formels et stylistiques des grands maîtres vénitiens et de leurs contemporains maniéristes. Mais si son style évolue sensiblement, « les techniques utilisées constituent quant à elles un repère fondamental », explique Christophe Brouard. Ainsi, pour ce dessin esquissé à la pierre noire, avec de beaux rehauts de blanc de plomb – non oxydés – et de lavis brun, certains contours sont repris à l’encre, choix rare chez Peterzano, mais caractéristique des années 1580. « À l’instar de nombreuses feuilles qui nous sont parvenues, et nous en comptons aujourd’hui 465, le papier bleu est désormais affadi et se présente sous une teinte plus terne et brunâtre : ce support est typiquement vénitien et, dans ce cas, matériellement similaire à plusieurs dessins conservés à Milan, tels un Jeune porteur de plat redécouvert à l’occasion de l’exposition ou une Sibylle persique, une étude pour les fresques de la chartreuse de Garegnano. Ici, le modelé et la définition de l’anatomie nous portent plutôt vers le début des années 1580, comme pour la Pentecôte de l’église Sant’Eufemia de Milan. » Dernière caractéristique récurrente dans son œuvre dessiné selon le spécialiste : la mise au carreau de l’ensemble de la composition corrobore sa fonction préparatoire. Un nombre singulier de dessins conservés à Milan présentent cette particularité. On peut donc en déduire assez logiquement que cette étude préparait une œuvre peinte, comme c’est le cas des trois quarts des feuilles connues de l’artiste. Une question demeure néanmoins : laquelle ? Le sujet pourrait être Saint Ambroise refusant l’accès à la basilique de Milan à l’empereur Théodose, et il se trouve d’ailleurs que « Simone Peterzano de Ticiani pictore » signa une Gloire de saint Ambroise pour le Duomo quelques années plus tard (Milan, Ambrosiana). Or, l’inscription au revers, « Da Pavia », d’une graphie proche de celle observée au dos de plusieurs dessins du château des Sforza, est troublante. Affaire à suivre, donc.

jeudi 25 juin 2020 - 14:30 - Live
Paris - 22, rue Drouot - 75009
Oger - Blanchet
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