Une épée d’époque Louis XVI sertie comme un bijou

Le 01 juillet 2021, par Sophie Reyssat

Réminiscence du règne de Louis XVI, cette luxueuse épée d’apparat sertie de diamants est un chef d’œuvre d’orfèvrerie digne d’un prince.

Époque Louis XVI, vers 1780, épée princière ou d’un haut dignitaire, monture en or et émail bleu de roi sur fond de croisillons enrichi de diamants, lame droite triangulaire dorée et bleuie, gravée « Bougues et Giverne son gendre Mds Fourbisseurs rue de la Vieille Boucherie à l’Epée Royale à Paris », fourreau en bois recouvert de galuchat blanc à trois garnitures d’or (postérieur, réalisé au modèle), l. de l’épée : 98,7, de la lame : 88,8, de l’épée avec fourreau : 99,5 cm.
Estimation : 150 000/200 000 €, Adjugé : 182 700 

S’il est difficile de déterminer combien cette épée a pu coûter à son commanditaire à la fin du XVIIIe siècle, ce montant devait certainement être bien plus élevé que son estimation actuelle. Cette pièce compte en effet plus de 330 diamants, et même les plus petits sont montés sur quatre griffes… Un travail d’orfèvre. À titre d’exemple, l’épée de Louis XVI, dessinée par le joaillier Bretet et façonnée par George- Fréderic Bapst, comptant quelque 2 200 diamants taillés en rose recouvrant jusqu’à sa poignée – les plus beaux provenant des collections royales, les pierres supplémentaires ayant été achetées en Hollande ou fournies par Bretet –, était valorisée à 329 075 livres dans l’inventaire de 1791. L’année suivante, le joyau de la Couronne, remisé au Garde-meuble, mal surveillé, était volé. Sa garde a été démontée et ses pierres dispersées. Seule la lame d’acier bleui semée de fleurs de lys dorées, au fourreau gainé d’une peau de reptile, enrichie de garnitures de vermeil et d’émail ponctuées de diamants, est parvenue jusqu’à nous… Récemment identifiée dans ses collections du musée de l’Armée, elle a été dévoilée dans son exposition « Les Canons de l’élégance » (octobre 2019-janvier 2020, voir l'article Les canons de l’élégance au musée de l'Armée de la Gazette 2019, n° 36, page 182).
Une arme de prestige
L’épée présentée à Versailles a échappé aux mains des Révolutionnaires, qui l’auraient démantelée pour récupérer ses pierres et matériaux précieux. Ainsi se présente-t-elle aujourd’hui dans un très bel état de conservation. Elle provient de l’ancienne collection Dietrich Stürken, qui l’aurait acquise auprès des princes de Hohenzollern. Difficile de déterminer comment elle est entrée en possession de ces derniers : l’ont-ils commandée directement aux orfèvres français sous Louis XVI, ou acquise ultérieurement, peut-être à la faveur du mariage de Marie Antoinette Murat avec Charles de Hohenzollern-Sigmaringen ? Cette pièce d’apparat ne livre aucun indice quant à son propriétaire… Toutefois, si elle ne peut être royale, n’en portant pas les armes, elle est sans doute princière. Seul un dignitaire d’un tel rang pouvait alors s’offrir une pièce aussi somptueuse, associant or, émail et diamants – le nec plus ultra de la fin du XVIIIe siècle. Dans le cas d’un présent ou d’une récompense, une attribution aurait été inscrite dans un cartouche, ce qui n’est pas le cas ici. Cette arme était donc bien destinée à parader à la cour. Hormis l’épée de Louis XVI, quelques rares modèles peuvent être rapprochés de celle-ci, conservés à la « Voûte verte » de Dresde ou dans des collections privées. L’expert Jean-Claude Dey l’affirme : « Celle-ci est la plus luxueuse que j’aie vu en cinquante ans de métier. Ce n’est pas une arme, c’est un bijou, un objet d’art qui a demandé un exceptionnel travail d’orfèvrerie !» À ce titre, au-delà des habituels collectionneurs de souvenirs du règne de Louis XVI, elle devrait intéresser un large éventail d’amateurs…

dimanche 11 juillet 2021 - 14:00 - Live
Versailles - Hôtel des ventes du Château, 13, avenue de Saint-Cloud - 78000
Osenat
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