Une collectionneuse dans les pas d’une reine

Le 06 février 2020, par Anne Doridou-Heim

En se prenant de passion pour l’Écosse, Victoria en a remis au goût du jour les traditions et lancé une nouvelle mode pour ses bijoux en argent. Une passionnée anonyme en a réuni de beaux exemples, à saisir à Drouot.

Écosse, XIXe siècle. Broche luckenbooth, broche de kilt dessinant un dirk, pendentif circulaire, pendants d’oreilles et broche dessinant une feuille, argent agrémenté d’agate et de jaspe pour tous et pour certains de pâte de verre colorée, d’améthystes et de citrines.
Estimation : de 200 à 350 € selon le modèle.

Les Écossais ont de tout temps cultivé un fort sentiment nationaliste, que les Anglais ont cherché à étouffer. Ainsi osent-ils interdire au XVIIIe siècle le port du tartan et le bourdon de la cornemuse. Au début du XIXe, l’Écosse est assoupie dans ses brumes, et il faudra attendre les romans historiques de sir Walter Scott, puis l’achat en 1848 du château de Balmoral par la reine Victoria — trouvant là le lieu familial où nicher sa tribu —, pour que cette terre de légendes revienne sur le devant de la scène. La souveraine effectue de nombreux séjours dans sa nouvelle résidence, notant dans son journal que ceux-ci lui font «oublier le monde et ses tristes tourments»… L’Angleterre et l’Europe redécouvrent alors une culture riche de traditions. De fait, Victoria remet à l’honneur ce que ses dignes aïeux avaient interdit : le château est décoré de motifs de tartans et de chardons, le prince se met à porter le kilt et le son de la cornemuse annonce le dîner. Cette faveur lance la vogue des séjours dans les Highlands et pour ce faire, en 1861, la ligne de chemin de fer est prolongée d’Aberdeen à Ballater.
Cœur vaillant
Les bijoux appartiennent au passé ancestral de l’Écosse. Ses artisans ont en effet imaginé une broche spécifique pour maintenir le tartan sur l’épaule et pour accrocher le kilt. Montée sur une épingle, elle prend la forme d’un poignard miniature – le dirk –, d’une épée claymore – ou d’un emblème traditionnel celtique. Les bijoutiers, fins commerçants, ne tardent pas à comprendre l’intérêt que les touristes portent à ce petit attribut, et se mettent à en réaliser des spécimens spécialement destinés à être rapportés comme cadeaux de voyage. Ils agrémentent l’objet de pierres dures provenant de gisements régionaux, riches en améthystes, citrines, jaspes et agates… La demande est telle qu’Édimbourg n’arrive plus à fournir ; le centre de production est alors déplacé à Birmingham, les bijoux étant même envoyés jusqu’en Allemagne pour être sertis de pierres variées et de pâtes de verre colorées, avant de retourner au Royaume-Uni pour être vendus. L’engouement en est réel. De telles pièces sont rares sur le marché français, mais une connaisseuse anonyme les traquait avec soin… et a réussi à réunir un joli petit ensemble. Oh, bien sûr, on n’atteindra pas là les hauteurs stratosphériques des grandes créations joaillières, mais on savourera le charme d’une tradition qui se conjugue avec l’histoire d’une terre fière. Broches, épingle, pendentif, pendants d’oreilles et bracelets : quelques centaines d’euros sont attendus de chacune de ces pièces. Des bijoux qui invitent à évoquer à nouveau la reine d’Angleterre. En effet, en 1843, pour leur troisième anniversaire de mariage, le prince Albert offrit à sa jeune épouse une broche en or en forme de cœur couronné, ornée de grenats, d’améthystes et de perles fines d’Écosse : une luckenbooth, gage d’amour. Son appellation est issue d’un mot très ancien, associant booth («kiosque») et lock («verrou»), qui désignait au XVI
e siècle le petit magasin dans lequel commerçaient les bijoutiers d’Édimbourg. On en retrouve un exemple chez cette collectionneuse, qui cultivait décidément le goût de la différence. Elle s’intéressait aussi aux bijoux en acier facettés imitant la marcassite. Là encore, des curiosités. Et l’écrin qui renfermait ces petits trésors s’apprête à s’ouvrir 

mardi 25 février 2020 - 01:30 - Live
Salle 12 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Ader
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