Une collection sans frontières

Le 08 septembre 2017, par Sophie Reyssat

Cent cinquante ans après sa création, le musée d’archéologie nationale mène une politique ambitieuse, développant son réseau en France comme à l’international, et poursuivant la mise en valeur de son patrimoine.

Entrée du musée d’Archéologie nationale, château de Saint-Germain-en-Laye.
© Valérie Go - MAN.

Il pleuvait des cordes le 12 mai 1867, lorsque NapoléonIII se rendit à Saint-Germain-en-Laye pour inaugurer le musée des Antiquités celtiques et gallo-romaines. Le temps était bien plus clément cent cinquante ans plus tard, pour commémorer l’événement. Un présage de bon augure pour un avenir radieux ? Rebaptisée musée d’Archéologie nationale (MAN), l’institution mène une politique de réseaux et développe le numérique, tout en s’appuyant sur ses racines pour relever le défi d’une nouvelle muséographie.
Un sentiment d’appartenance partagé
Directeur du MAN depuis 2012, Hilaire  Multon souligne qu’on ne peut faire l’économie du contexte européen, hier comme aujourd’hui. En dépit des projets de la Révolution, les antiquités du territoire national ont été délaissées jusqu’au second Empire, alors qu’un mouvement de fond se manifeste en Europe : les découvertes archéologiques nourrissent la représentation que les nations ont de leur histoire, et favorisent la création de musées. Le premier est le musée national du Danemark, créé en 1807 par Christian Jürgensen Thomsen. Le roi Frédéric VII est un correspondant régulier de Napoléon III, auquel il offrira un lur  une sorte de trompe de l’âge du bronze  comptant parmi les premiers objets entrés à Saint-Germain-en-Laye. Citons encore le Musée romain germanique de Mayence, installé en 1852 dans le château de l’électeur de Westphalie, ou le Museo arqueológico nacional de Madrid, créé la même année que le MAN. Des découvertes majeures ont précipité la naissance de ce dernier : Alésia, fouillée à partir de 1862, grâce aux deniers de Napoléon III  l’empereur publiera trois ans plus tard son Histoire de Jules César , Gergovie et les premiers ossements de Cro-Magnon mis au jour dans la vallée de la Vézère, en 1868. De quoi garantir l’aura du musée, aujourd’hui encore !

 

Canthare dit d’Alésia, Alise-Sainte-Reine (Côte d’Or), argent et or, vers 58 av. J.-C. Photo RMN-GP (MAN) © Thierry Le Mage
Canthare dit d’Alésia, Alise-Sainte-Reine (Côte d’Or), argent et or, vers 58 av. J.-C.
Photo RMN-GP (MAN) © Thierry Le Mage

Les réseaux du MAN
Conséquence de cette dynamique européenne, le MAN a conservé des liens avec les institutions précitées. Il collabore également avec les musées allemands et britanniques  le British Museum et le musée national d’Écosse en particulier  ou encore le musée national néerlandais des antiquités de Leiden, aux Pays-Bas. Ses liens sont forts avec les Balkans, les collections du MAN transcendant les frontières et englobant cette région, ainsi que celle du Caucase. Au-delà des prêts et des dépôts, la coopération internationale est appelée à s’enrichir de relations scientifiques plus structurées. Un projet de réseau européen des musées d’archéologie est d’ailleurs en marche. Ses enjeux ? Le partage d’expertise et de savoir-faire pour analyser et valoriser les collections, les coproductions d’expositions et de publications plurilingues, une capacité de financement accrue et une meilleure visibilité, grâce à des relais plus nombreux. En pendant, le réseau national «archéologie en musée» est en cours de structuration. Il réunira aussi bien les musées de sites et les musées archéologiques au sens strict, que ceux de beaux-arts présentant des collections archéologiques majeures. Les partenariats ne s’arrêtent pas là. Centre de ressources majeur, l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) apporte ainsi son concours scientifique au musée, qui trouve également dans la maison d’Archéologie et d’ethnologie un soutien naturel pour ses activités de recherche. À ce titre, le MAN participe à un laboratoire d’excellence (Labex «Les passés dans le présent»)  essentiellement composé de chercheurs de l’université de Nanterre , qui poursuit également un but de formation. Ce partage d’outils et de compétences, au sein d’un pôle archéologique francilien fort, permet autant au musée de proposer des outils de médiation au public que de gérer des bases de données, cruciales pour les fonds d’archives et l’histoire de l’archéologie.

 

La Salle des fêtes du château de Saint-Germain, gravure de Fortuné Méaulle publiée dans Le Magasin pittoresque du 31 octobre 1883. © Archives du MAN
La Salle des fêtes du château de Saint-Germain, gravure de Fortuné Méaulle publiée dans Le Magasin pittoresque du 31 octobre 1883.
© Archives du MAN

Le virage numérique
«L’archéologie est un écosystème aux nombreux acteurs. Interface avec le public, le musée fait la synthèse de l’archéologie de terrain et de la recherche scientifique, élargie à l’histoire, à l’anthropologie et à la sociologie», résume Hilaire Multon. Son ambitieuse politique de médiation porte ses fruits, le MAN ayant accru sa fréquentation à plus de cent mille visiteurs par an, dont 25 % de scolaires et 13 % de public étranger. Outre les expositions d’envergure ou le rendez-vous de «l’objet du mois», mis en place avec succès depuis quatre ans, une stratégie numérique d’envergure a été lancée en 2015, afin de multiplier les interactions avec le public, initié ou non. Téléchargeable gratuitement sur Internet, l’application mobile bilingue Archeoman intègre le parcours « J’étais là en 1867 »  un focus sur dix des premiers objets de la collection , qui devrait être suivi de plusieurs autres. Des modèles numériques 3D des œuvres, facilitant la lecture des objets, intègrent peu à peu les salles. Près de trois cents, couvrant tout le spectre des collections, ont déjà été réalisés par le service du développement numérique et France collection 3D. Ces modèles, également utiles à la conservation préventive et à la recherche, contribuent au rayonnement scientifique des collections. Le MAN est en outre le responsable éditorial de la collection des grands sites archéologiques, accessible à partir du portail internet Archeologie.culture.fr. Consultée chaque année par près de deux millions de visiteurs, celle-ci va s’enrichir à l’automne d’un site sur la commission de topographie des Gaules, créée en 1858 par Napoléon III.
Le musée de demain
Pour inciter un public diversifié à visiter ses collections permanentes, le directeur du MAN compte également sur la restauration du château, engagée depuis 2013, qui s’accompagne d’un projet scientifique et culturel dans lequel s’inscrit notamment la refonte du parcours de visite. «Nous avons une feuille de route à dix ans», souligne Hilaire Multon, qui en précise les grands axes : «le maintien d’un parcours chronologique lisible et cohérent, avec plusieurs entrées pour le public initié à l’archéologie et une ouverture sur l’actualité par des espaces dédiés en dialogue avec nos collections. La remise en contexte culturel et civilisationnel des éléments mis au jour depuis 1867 entrés dans des collections, allant des origines de l’homme sur notre territoire à l’an mil. Une salle sera également consacrée au château. » Le budget alloué au MAN étant somme toute modeste au regard de l’importance de l’établissement, le musée a développé ses ressources propres tirées du Domaine national, grâce aux concessions et au mécénat, et de la contrepartie financière reçue sur dix ans en tant que prêteur du Louvre Abu Dhabi. Il pourra ainsi mener à bien un autre objectif : rendre le château au public en externalisant ses réserves. Seuls trente mille objets, séries ou vestiges sont en effet exposés, sur un total de plusieurs millions de pièces, les «tessonnailles»  produits de fouille en céramique  relevant de l’inquantifiable. D’ici à cinq ans, les réserves devraient donc être transférées dans un centre de conservation et de recherches, capable d’accueillir dans les meilleures conditions les quelque trois cents chercheurs faisant le déplacement au MAN chaque année. L’archéologie entrera dès lors dans une nouvelle ère, celle du XXIe siècle…

À FAIRE
Colloque «Archéologie en musée et identités nationales en Europe (1848-1914). Un héritage en quête de nouveaux défis au XXIe siècle»,
théâtre Alexandre Dumas de Saint-Germain-en-Laye.

Inscriptions à partir d’octobre par courrier au musée.
Du 6 au 8 décembre 2017.
www.musee-archeologienationale.fr/news



À VOIR
Musée d’Archéologie nationale
Domaine de Saint-Germain-en-Laye, château,
place Charles-de-Gaulle, Saint-Germain-en-Laye, tél. : 01 39 10 13 00,
www.musee-archeologienationale.fr
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