Une boîte en or, comme une peinture

Le 10 septembre 2020, par Philippe Dufour

Présentes dans toutes les grandes collections publiques et privées,  les réalisations d’Adrien-Jean-Maximilien Vachette se caractérisent par l’emploi de matériaux très variés. Ils lui permettaient de transcrire de véritables scènes de genre, à l’image de cette pièce virtuose.

Adrien-Jean-Maximilien Vachette (1753-1839), boîte rectangulaire en or, décorée en applique de scènes sculptées en burgau et ivoire, filets émaillés bleu, poinçon de l’orfèvre, Paris, 1809-1817, 8,6 4,85 cm, poids 141,83 g.
Estimation : 5 000/8 000 

La scène, d’une inspiration familière, peut surprendre sur une boîte rectangulaire en or aussi luxueuse : celle de gais buveurs s’adonnant à leur plaisir autour d’une table de cabaret. Du côté gauche, une jeune villageoise, portant tablier retroussé et coiffe nouée, converse avec un joyeux drille attablé face à elle devant une bouteille et serrant un verre, dans une posture particulièrement détendue. Alentour, quelques éléments campent un décor rustique, avec une plante à grandes feuilles et un chien s’étirant. Ce n’est pas tout : sur le fond de l’objet se découvre une autre réunion de buveurs, au nombre de trois : un homme fumant la pipe, un second chapeauté et brandissant une cruche, tandis qu’une femme plus âgée semble déjà sommeiller sous un arbre… Ces compositions en relief décorant le couvercle et le fond de la boîte sont réalisées en burgau – nacre de différentes couleurs –, en ivoire pour les têtes, et appliquées sur un treillis ciselé dans le métal précieux. Quant aux côtés, ils s’agrémentent de triangles, de navettes et de perles, le tout étant souligné de filets émaillés bleu. Bien sûr, ces scènes de genre ne sont pas sans évoquer les peintres flamands du XVIIe siècle, leurs intérieurs de taverne et leurs kermesses paysannes chers à un certain Teniers le Jeune. C’est en tout cas le thème inhabituel choisi par l’auteur de notre boîte : le maître orfèvre Adrien-Jean-Maximilien Vachette, qui a réalisé la pièce entre 1809 et 1817.
Diversité des matériaux et inspiration éclectique
Né à Cauchy, dans l’Oise, le jeune apprenti rejoint à Paris l’atelier de Pierre-François Drais, qui le formera pour le présenter à la maîtrise, à laquelle il sera reçu le 21 juillet 1779 ; installé dans sa boutique de la place Dauphine, Adrien-Jean-Maximilien Vachette commence à se rendre célèbre par ses boîtes à usages divers, dont les indispensables tabatières. Les objets alors sortis de son atelier séduisent tant par leur qualité que par leur originalité, en convoquant des éléments les plus divers. En cette fin d’Ancien Régime, ce sont plutôt des miniatures émaillées, décorées de portraits ou de scènes champêtres, qui ont la faveur de son public. Les panneaux de laque japonaise de très petites dimensions insérés dans ses productions constituent aussi un «must» fort apprécié. Mais l’orfèvre est connu pour avoir employé nombre d’autres matériaux – et parfois inattendus, tels des verres romains retaillés ! Ainsi, parmi les huit boîtes de sa main conservées au Victoria & Albert Museum de Londres, on peut admirer un modèle décoré de micromosaïque, à côté d’un autre habillé d’écaille de tortue… Côté inspiration, il puise avec bonheur dans tous les répertoires décoratifs ; sous l’Empire, il saura s’emparer du néoclassicisme, mais également de ce nouvel intérêt pour la peinture des siècles passés. Justement, notre objet s’inscrit à ce moment précis où les écoles du Nord intéressent à nouveau les collectionneurs. Et il faut reconnaître à Adrien-Jean-Maximilien Vachette un bien grand talent pour avoir su transcrire leurs scènes, à la palette si riche, en marqueterie de burgau…

samedi 19 septembre 2020 - 14:30 - Live
Lyon - Hôtel des ventes, 70, rue Vendôme - 69006
De Baecque et Associés
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